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COMMENTAIRE DU CREDO

PAR

SAINT THOMAS D'AQUIN


Notes partir de sermons donns Naples, carme 1273 prises de notes par Pierre de Andria mise en forme pour l'enregistrement audio par Salettensis Texte disponible Audio disponible http://www.scribd.com/doc/66051151/explication-du- http://www.archive.org/details/explication_du_credo_ credo-par-saint-thomas-d-aquin par_st_thomas_d_aquin fichier original sur http://docteurangelique.free.fr, 2008 Les uvres compltes de saint Thomas d'Aquin donn avec le texte latin en regard
Table des matires Prologue................................................................................................................................................................................................ 3 Article I : Je crois en un seul Dieu, le Pre Tout Puissant, crateur du Ciel et de la Terre....................................................................6 Article II : Je crois aussi en Jsus-Christ, le Fils unique du Pre, Notre Seigneur...............................................................................11 Article III : Je crois en Jsus qui a t conu du Saint Esprit, est n de la Vierge Marie.................................................................14 Article IV : Je crois en Jsus, qui a souffert sous Ponce Pilate, a t crucifi, est mort et a t enseveli.............................................17 Article V : Jsus-Christ est descendu aux enfers : le troisime jour il est ressuscit des morts............................................................20 Article VII : de l (cest--dire de la droite du Pre), Jsus viendra juger les vivants et les morts......................................................27 Article VIII : Je crois aux Saint Esprit.................................................................................................................................................30 Article IX : Je crois en la Sainte glise Catholique.............................................................................................................................33 Article X : Je crois la communion des saints, la rmission des pchs...........................................................................................36 Article XI : Je crois la rsurrection de la chair.................................................................................................................................39 Article XII : Je crois la vie ternelle. Amen.......................................................................................................................................42

Introduction l'dition Fontgombault, 1969

Le Commentaire du Credo, dont nous donnons le texte latin avec la traduction franaise, fut prch par saint Thomas Naples, dans l'glise de son couvent, un an avant sa mort, au dbut du Carme de 1273. D'aprs les tmoins, toute la ville accourait pour l'entendre et ses auditeurs taient tous suspendus ses lvres. Comme ceux-ci appartenaient toutes les classes sociales, le saint leur parlait dans leur langue maternelle. Les dominicains prsents se chargrent de prendre ces sermons l'audition et de les traduire ensuite en latin. On ignore si saint Thomas a revu ce texte latin. D'aprs le jugement unanime des auteurs qui tudirent la vie du saint Docteur et ses uvres, il exprime fidlement sa pense. Parfois celle-ci est rsume; et les citations de l'Ecriture sainte sont donnes, la plupart du temps, sans que soit faite la liaison avec les assertions qu'elles viennent confirmer. Il a fallu dans la traduction franaise oprer cette liaison; dans les rares cas o il est impossible de voir leur rapport avec le contexte, nous avons omis de les traduire. Quelquefois nous avons explicit ce que le texte latin dans son extrme concision ne faisait que suggrer. Les doctes et les familiers de la pense du grand thologien ne s'offusqueront pas de ces liberts, prises avec discrtion, uniquement dans l'intention d'aider le public chrtien profiter d'un enseignement magistral, en le mettant davantage sa porte. Car, nous le rappelons, le but de la Collection Docteur Commun , dont ce Commentaire du Credo constitue le troisime volume, n'est pas de donner au public de
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langue franaise des ditions savantes, ni non plus de faire progresser l'tat de nos connaissances rudites sur le saint Docteur. Cette collection ne s'adresse pas aux spcialistes; elle demeure au contraire tributaire de leurs recherches. Eclair par les travaux des vrais disciples de saint Thomas, nous ne visons qu' tablir un texte franais que puissent comprendre facilement les hommes de notre temps (cf. le 1 er volume de la Collection Docteur Commun de M. Jean Madiran : Les principes de la ralit naturelle , pp. 16 et 17). Le texte latin, qui figure dans ce volume, est celui de l'dition de Parme; c'est ce texte, qui a servi de base ldition Marietti ; les diffrences entre les deux ditions sont, pour le Commentaire du Credo, extrmement rares et sans importance. Le lecteur s'apercevra trs vite que saint Thomas explique en mme temps que le Credo, symbole des Aptres, le Credo, symbole de Nice-Constantinople, qui est une explicitation du premier et l'uvre des saints Pres qui luttrent contre les hrsies des premiers sicles de l'Eglise. Comme on le sait, le symbole de Nice-Constantinople est celui que l'Eglise met sur nos lvres la sainte Messe. Existe-t-il sur le Credo un autre commentaire, qui soit la fois aussi complet et aussi concis, aussi simple et en mme temps aussi profond, dont on ne sait ce qu'il faut admirer le plus : la sobrit, la parfaite sret doctrinale Ou la grande lvation spirituelle? Non seulement le saint Docteur y explique avec clart chaque article du Credo, en s'appuyant sans cesse sur l'autorit de l'Ecriture, mais en mme temps il rfute les erreurs opposes et, quand l'occasion s'en prsente, il enseigne les consquences qui dcoulent pour la vie spirituelle de l'explication des vrits de la foi. Parce que cet opuscule expose les premiers fondements de la vie chrtienne, qui sont prcisment les articles de la foi, il sera vraiment prcieux pour les chrtiens soucieux de grandir dans la foi, l'esprance et la charit, ces vertus qui nous unissent Dieu et nous font ds ici-bas vivre de sa vie ternelle. Nous n'avons ajout que peu de notes un texte dans l'ensemble fort clair. Saint Thomas savait qu'il parlait la fois des doctes et des gens sans culture. Son langage tait intelligible pour tous. Aujourd'hui encore toute me baptise peut comprendre et goter cette explication du Credo, donne par le plus grand thologien de l'Eglise, par son plus minent Docteur, par celui dont elle a fait sien l'enseignement. Les pages que nous publions, comme l'Evangile et les autres crits du Nouveau Testament, cits souvent par elles, ne sont pas destines au lecteur press, superficiel, qui veut rester embarrass dans les soucis terrestres, attach aux richesses et aux jouissances du monde. Elles demandent tre lues attentivement. Il faut bien peser chaque, vrit qu'elles contiennent. C'est une nourriture qui demande tre bien assimile, une liqueur qu'il faut prendre le temps de dguster. Le peu que nous apprendrons sur Dieu, sur son mystre et sur les merveilles qu'il a accomplies en notre faveur est infiniment plus important que les connaissances les plus certaines que nous pouvons acqurir sur les cratures. Le croyons-nous vraiment? Bien souvent au cours de 'l'anne liturgique, l'Eglise, dans sa prire inspire par l'Esprit de Dieu, nous fait demander au Seigneur de ne pas nous attacher aux choses de la terre et d'aimer les choses clestes. N'est-ce pas trop souvent exactement le contraire que nous faisons? Nous mprisons pratiquement les choses clestes, n'y prtant aucune attention, et nous sommes si occups des choses terrestres que nous nous y immergeons compltement. L'homme moderne, souvent surcharg de travail et d'occupations, trouve pourtant le, temps de parcourir son journal, d'couter la radio et de contempler les images de la tlvision; mais n'est-elle pas trop souvent, infime, la place qu'il rserve Dieu, son Crateur et Sauveur, son Souverain Bien, sa Providence et Fin dernire, dans ces journes que le Seigneur dans sa bont lui donne pour se prparer l'ternit de bonheur qu'il veut lui faire goter dans sa compagnie, au ciel o il l'attend? Homme de la deuxime moiti du XX sicle, lisez ce petit livre crit votre intention. Vous y trouverez une explication lumineuse de ce qu'il vous importe le plus de savoir au monde pour arriver la fin trs sublime que Dieu a assigne votre vie terrestre, qui est .la vision face face de la Tendresse, de la Beaut et de la Puret infinie, vision du Dieu trine et un, qui comblera ternellement et au del de toute mesure vos dsirs de gloire, de grandeur, de richesse et de bonheur.

I PROLOGUE

1. La foi est le premier bien ncessaire au chrtien. Sans elle, personne ne mrite le nom de chrtien fidle. La foi produit quatre biens. 2. Premirement cest par la foi que lme est unie Dieu. Par elle, en effet, lme chrtienne contracte avec Dieu une sorte de mariage, conformment cette parole du Seigneur Isral (Ose, 2, 22) : Je tpouserai dans la foi. Aussi, lors de la rception de son baptme, lhomme confesse-t-il dabord sa foi, en rponse la question qui lui est pose croyez-vous en Dieu ? La raison en est que le baptme est dabord le sacrement de la foi. Le Seigneur lui-mme le dit (Marc 16, 16) : Celui qui croira et sera baptis sera sauv. Car sans la foi le baptme est inutile. Aussi il faut le savoir sans la foi, nul nest agrable Dieu, comme lAptre le dclare aux Hbreux (11, 6) : Il est impossible, sans la foi, de plaire Dieu. Cest pourquoi saint Augustin dans son commentaire de cette parole (Rom. 14, 23) : tout ce qui ne procde pas de la foi est pch, crit : " L o fait dfaut la connaissance de la vrit immuable et ternelle, il ny a pas de vertu vritable." 3. Le second bien produit par la foi, cest de commencer en nous la vie ternelle. Car la vie ternelle nest rien dautre que de connatre Dieu, selon la parole du Seigneur (Jean 17, 3) : La vie ternelle, cest quils vous connaissent vous, le seul vrai Dieu. Cette connaissance de Dieu qui sinaugure ici bas par la foi atteindra sa perfection dans la vie future, o nous le connatrons tel quil est. Aussi est-il crit dans lptre aux Hbreux (11, 1) : La foi est la substance des ralits espres. Personne donc ne peut parvenir la batitude ternelle, qui consiste connatre Dieu vritablement, si dabord il ne le connat par la foi. Aussi le Seigneur dclare-t-il (Jean 20, 29) : Bienheureux ceux qui nont pas vu et qui ont cru. 4. Le troisime bien opr par la foi, cest de diriger la vie prsente. Lhomme en effet, pour bien vivre, a besoin de savoir ce qui est ncessaire pour mener une vie vertueuse; et sil devait apprendre par ltude toutes les choses ncessaires pour bien vivre, lhomme ne pourrait pas y parvenir ou bien il ny parviendrait quau bout dun temps considrable. Or prcisment, la foi enseigne tout ce quil faut savoir pour vivre sagement. Elle nous apprend en effet lexistence du Dieu unique, elle nous rvle que Dieu rcompense les bons et punit les mchants, quil existe une autre vie, et autres choses semblables. Ces connaissances nous incitent suffisamment faire le bien et viter le mal. Mon juste, dit en effet le Seigneur (Habacuc, 2, 4) vit par la foi. Et cela est si manifeste quaucun philosophe, avant lavnement du Christ, par tous ses efforts, ne put en savoir autant sur Dieu et les vrits ncessaires la vie ternelle, quune vieille femme aprs lavnement du Christ au moyen de sa foi. Cest pourquoi le prophte Isae a crit (11, 9) : la terre a t remplie de la connaissance de Dieu. 5. La foi produit un quatrime bien, savoir la victoire sur les tentations. Comme le dclare lptre aux Hbreux (11, 33) : Les saints, par la foi, ont vaincu des royaumes. La vrit de cette assertion est manifeste, car toute tentation vient soit du diable, soit du monde, soit de la chair. Le diable en effet nous tente pour nous empcher dobir Dieu et de nous soumettre lui. Or, cest par la foi que nous repoussons la suggestion du malin, car, par elle, nous savons que Dieu est le Matre de tout et donc que nous lui devons obissance. Aussi saint Pierre dclare-t-il (1. 5, 8) :
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Votre adversaire, le diable, est l qui rde, cherchant qui dvorer, rsistez-lui, fermes dans la foi. Quant au monde, il nous tente en nous sduisant par ses biens, et en nous terrifiant par ses adversits. Mais la foi nous donne de triompher de ses assauts, en nous faisant croire la ralit dune vie meilleure que la vie prsente. Voil pourquoi, grce la foi, les prosprits de ce monde, nous les mprisons, et ses adversits, nous ne les redoutons pas, comme lcrit saint Jean (I. 5, 4) : La victoire qui nous rend vainqueurs du monde, cest notre foi, et la foi nous donne galement la victoire en nous enseignant quil y a des maux plus grands : ceux de lenfer. Enfin, la chair, elle aussi, nous tente en nous entranant vers les dlectations passagres de la vie prsente. Mais la foi nous montre que par ces dlectations, si nous nous y attachons indment, nous perdons les dlices de lternit. Aussi lAptre nous donne-t-il cet avertissement (Ephes, 6, 16) : Tenez toujours en main le bouclier de la foi. Ce que nous venons de dire, touchant les biens produits en nous par la foi, nous montre clairement sa trs grande utilit. 6. Mais on peut objecter : il est absurde de croire ce quon ne voit pas; donc nous ne devons pas croire ce que nous ne voyons pas. 7. On peut donner quatre rponses cette objection.

Voici la premire cette difficult, limperfection de notre intelligence la rduit nant : car si lhomme pouvait parfaitement connatre par lui-mme toutes les ralits visibles et invisibles, ce serait sottise de croire ce que nous ne voyons pas. Mais notre connaissance est si dbile quaucun philosophe na jamais pu dcouvrir parfaitement la nature dun seul insecte. Aussi lisonsnous quun philosophe vcut trente ans dans la solitude pour connatre la nature de labeille. Si donc notre intelligence est si faible, nest-il pas insens de ne vouloir croire de Dieu que ce que lhomme peut connatre par lui-mme. Cest pourquoi nous lisons ce sujet dans Job (36, 26) : Dieu est si grand, quil dpasse notre science. 8. Je rponds en deuxime lieu : Faisons lhypothse suivante un professeur avance une vrit, acquise par sa science, devant un homme inculte, et voici que ce dernier nie cette vrit parce quil ne la comprend pas, que dira-t-on de cet homme inculte, sinon quil est trs sot. Or, cest un fait, lintelligence des anges dpasse lintelligence des philosophes beaucoup plus que lintelligence du philosophe le meilleur ne dpasse lintelligence de lhomme sans aucune culture. Cest pourquoi le philosophe qui refuserait de croire aux dires des Anges serait un sot ; fortiori le serait-il sil refusait de croire ce que Dieu affirme. A ce sujet, il est dit dans lEcclsiastique (3, 25) : Mon fils, on vous a montr des vrits nombreuses qui surpassent lintelligence des hommes. 9. Voici ma rponse Si un homme voulait croire seulement ce quil connat, il lui serait certainement impossible de vivre en ce monde. Comment en effet pourrait-il vivre, sil ne croyait personne? Il ne croirait mme pas que lhomme qui est vritablement son pre est bien son pre. Cest pourquoi il est ncessaire lhomme de croire autrui au sujet des ralits quil ne peut connatre parfaitement par lui-mme, Mais personne nest plus digne de foi que Dieu aussi, ceux qui ne croient pas les vrits de la foi, loin dtre des sages, sont des sots et des orgueilleux. LAptre crit en effet dans la 1re ptre Timothe (6, 3-4) : Celui qui ne sattache pas aux saintes paroles de notre Seigneur Jsus-Christ est un orgueilleux et un ignorant. Cest pourquoi saint Paul dit dans sa 2 ptre (1, 12) : ce mme disciple Je sais en qui jai cru et je nen doute pas. Et de son ct lEcclsiastique dit (2, 8) : Vous qui craignez le Seigneur, croyez-le. 10. On peut encore rpondre que Dieu prouve la vrit des enseignements de la foi. Si un roi en effet envoyait des lettres scelles de son sceau, personne noserait dire que ces lettres ne proviennent pas de la volont de ce roi. Or tout ce que les Pres ont cru et nous ont transmis dans le domaine de la foi est visiblement marqu du sceau de Dieu ce sceau divin, ce sont les uvres que
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nulle crature ne peut accomplir et que nous appelons les miracles cest par eux que le Christ a confirm les enseignements de ses aptres et de ses saints. 11. Si vous me dites des miracles, personne nen a vu laccomplissement, je vous rponds : Le monde tout entier adorait les idoles et perscutait la foi du Christ. Cest l un fait certain, attest mme par les historiens paens cependant, actuellement, tous, et les sages et les nobles, et les riches et les puissants et les grands, se sont convertis au Christ, par la prdication dun petit nombre de pauvres et de simples leur annonant Jsus-Christ. De deux choses lune, ou bien ceci a t fait laide de miracles, ou bien non. Si oui, jai rpondu votre objection. Et si cest non, je dis quil ne peut pas y avoir de plus grand miracle que de convertir le monde entier sans miracles. Ne cherchons donc pas dautre dmonstration. 12. Ainsi donc, nul ne doit douter de la foi, mais tous doivent croire davantage aux vrits de la foi qu ce quils voient car la vue de lhomme est sujette lerreur, tandis que la science de Dieu est toujours infaillible.

II ARTICLE I Je crois en un seul Dieu, le Pre Tout Puissant, crateur du Ciel et de la Terre 13. La premire de toutes les vrits que doivent croire les fidles est celle-ci il existe un seul Dieu. Or il convient dexaminer attentivement la signification de ce Dieu. Le sens de ce terme "Dieu" est sans aucun doute Celui qui pourvoit au bien de toutes choses et les gouverne. Croire que Dieu gouverne tous les tres de ce monde et pourvoit leur bien, cest donc croire lexistence de Dieu. Par contre, croire que tout arrive par hasard, cest nier la ralit de lexistence divine. Cependant, personne nest assez insens pour ne pas croire que les tres de la nature sont soumis une providence, quils sont gouverns et ordonns par elle, alors quils se succdent selon un certain ordre et selon le rythme des temps. Nous voyons en effet le soleil, la lune, les toiles et les autres tres de la nature conserver un cours dtermin; ce qui narriverait pas, sils taient leffet du hasard. Si donc il existait quelquun qui ne crt pas en lexistence de Dieu, ce serait un insens. Le Psalmiste dclare en effet (Ps. 13, 1) : Le fou dit en son cur : "Il ny a pas de Dieu." 14. Que Dieu gouverne et ordonne les ralits naturelles, certains le croient qui, en mme temps, nient laction de la Providence divine sur les actes humains; ils sont persuads que Dieu ne gouverne pas les actions des hommes parce quen ce monde ils voient les bons dans laffliction et les mauvais dans la prosprit. Pour eux, un tel tat de choses est la preuve certaine de linexistence de laction dune providence sexerant en faveur des hommes : cest pourquoi, le Livre de Job (22, 14) : les fait sexprimer ainsi Dieu se promne sur les chemins du ciel : il se dsintresse de nos affaires. Ceux qui pensent ainsi sont extrmement sots. On peut les comparer un homme ignorant lart de la mdecine qui, voyant un mdecin donner de leau boire un malade, et un autre malade du vin, conformment aux rgles de la science mdicale, croirait, dans son ignorance, que le mdecin a agi au hasard et non pour un juste motif. 15. De mme, en effet, Dieu dispose les choses ncessaires aux hommes par sa Providence pour de justes motifs : ainsi il afflige des bons et laisse des mchants jouir de la prosprit. Celui donc qui croit quun tel tat de choses est leffet du hasard est un insens, et il est rput tel, car cette erreur ne provient que de son ignorance de la sagesse et des raisons du gouvernement divin. Cest son propos quil est dit au Livre de Job (11, 6) : Plt Dieu quil te rvle les secrets de sa sagesse et la multiplicit de ses desseins. Il faut donc croire fermement que Dieu gouverne et dispose non seulement les ralits naturelles, mais galement les actes humains. On lit ce sujet dans le Psaume 93 (7-10) : Les mchants disent : Dieu ne voit pas, le Dieu de Jacob ne fait pas attention. Comprenez donc, stupides entre tous ! et vous insenss, quand aurez-vous lintelligence? Celui qui a plant loreille nentendrait pas? Celui qui a faonn lil ne verrait pas?... Le Seigneur connat les penses des hommes. Dieu donc voit toutes choses, aussi bien les penses des hommes que leurs volonts secrtes. Do notamment nat pour les hommes un devoir de bien agir, puisque tout ce quils pensent et accomplissent est expos ce regard divin. Laptre le dit bien (Hebr. 4, 13) : Tout est nu et dcouvert devant ses yeux. 16. Or nous devons croire que ce Dieu qui gouverne et dispose toutes choses est un Dieu unique.

En voici la preuve : le gouvernement des choses humaines est bien ordonn, lorsquun seul homme gouverne et rgit la multitude. Souvent en effet, le grand nombre des chefs provoque des dissensions parmi les subordonns. Comme le gouvernement divin est suprieur au gouvernement humain, il est donc vident que le monde nest pas rgi par plusieurs dieux, mais par un seul.

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Il y a quatre raisons qui ont dtermin les hommes croire la pluralit des dieux.

La premire est la faiblesse de leur intelligence. Il y eut en effet des hommes que la dbilit de leur intelligence rendait incapables de slever audessus des tres corporels; ils crurent que rien nexistait au del de la nature des corps sensibles : en consquence ils admirent que les corps les plus beaux et les plus nobles lemportaient sur le reste du monde et le gouvernaient; aussi leur consacrrent-ils un culte divin. Au nombre des cratures, objet de leurs adorations, se trouvrent les corps clestes, savoir le soleil, la lune et les toiles. Mais ces hommes insenss sont, la vrit, semblables quelquun qui se rendrait la cour dun roi, avec le dsir de le voir, et qui simaginerait que le premier homme, bien habill ou charg dune fonction, quil rencontrerait, serait le roi lui-mme. Ces gens, dit la Sagesse (13, 2) : ont regard le soleil, la lune, le cercle des toiles, comme des dieux gouvernant lunivers. Mais Dieu leur dclare (Is 51, 6) : Levez les yeux vers le ciel, et regardez en bas vers la terre les cieux en effet se dissiperont comme une fume, et la terre susera comme un vtement, et ses habitants priront de mme mais mon salut sera ternel et ma justice naura pas de fin. 18. En second lieu, les hommes multiplirent les dieux, en adulant leurs semblables. Certains en effet, voulant flatter des puissants et des rois, leur dfrrent les honneurs dus Dieu seul; ils leur obirent, ils sassujettirent eux avec excs; aussi en firent-ils des dieux aprs leur mort, ou les dclarrent-ils dieux de leur vivant mme. Ainsi nous lisons dans Judith (5, 29) : Tous les notables dHolopherne disaient entre eux : que toutes les nations sachent que Nabuchodonosor est le Dieu de la terre et quen dehors de lui il ny a pas de Dieu. 19. Laffection charnelle pour les enfants et la parent fut la troisime cause de multiplication des dieux. Lamour excessif de quelques hommes pour les leurs, les poussa en effet leur riger des statues aprs leur mort et les amena ensuite rendre ces statues un culte divin. Cest deux quil est dit au Livre de la Sagesse (14, 21) : Les hommes imposrent au bois et la pierre le nom incommunicable, parce quils cdrent trop leur affection ou quils honorrent exagrment leurs rois. 20. - En quatrime lieu, les dieux se multiplirent par la malice du diable. Le dmon en effet voulut, ds le commencement, sgaler Dieu. Je placerai, dit-il, mon sige vers lAquillon, jescaladerai les cieux et je serai semblable au Trs Haut (Is. 14, 13). Or cette volont perverse, Satan ne la jamais rvoque aussi, tous ses efforts tendent-ils se faire adorer par les hommes et les porter lui offrir des sacrifices, non quil prenne ses dlices dans un chien ou un chat qui lui seraient offerts, mais il se dlecte dans les marques de respect quon lui tmoigne, comme sil tait Dieu mme; cest pourquoi il ose dire au Christ (Mt. 4, 9) : Tous les royaumes du monde avec leur gloire, je te les donnerai, si tu tombes mes pieds et madores. Cest galement pour se faire vnrer comme des dieux que les dmons entraient dans les idoles et donnaient par elles des rponses. Aussi est-il dit au Psaume 95 (5) : Tous les dieux des nations sont des dmons et lAptre crit aux Corinthiens (I Co. 10, 20) : Ce que les paens sacrifient, ils le sacrifient aux dmons et non Dieu. 21. Cest une chose horrible que lhomme adore dautres dieux que le seul vrai Dieu. Cependant, nombreux sont ceux qui commettent frquemment un si grand pch, pour lun ou lautre des quatre motifs que nous venons de donner. Certes, ni de bouche ni de cur, ils ne professent croire en des dieux multiples, mais leurs actions dmontrent le contraire. Ceux en effet qui pensent que les corps clestes contraignent la volont des hommes, et qui choisissent pour agir des temps dtermins, ceux-l regardent les corps clestes comme des dieux qui rgnent sur les autres tres. Dieu nous met en garde contre un tel comportement (Jr. 10, 2) : Ne soyez pas effrays, dclare-t-il, par les Signes du ciel, comme les nations sen effraient; car les coutumes des nations ne sont que vanit. De mme, tous ceux qui se soumettent aux rois plus qu Dieu, ou qui leur obissent mme lorsque leurs commandements sopposent ceux de Dieu, ceux-l font des rois leurs dieux, alors que nous lisons dans les Actes (5, 29) : On doit obir Dieu plus quaux hommes. Pareillement, ceux qui aiment leurs enfants ou leurs parents plus que Dieu, manifestent par leurs
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uvres quils croient en lexistence de plusieurs dieux. Il en est de mme pour ceux qui prfrent la nourriture Dieu, cest deux que lAptre dit (Phil. 3, 19) : Leur Dieu, cest leur ventre. Ceux aussi qui se livrent la sorcellerie et aux incantations simaginent que les dmons sont des dieux, puisquils demandent aux dmons ce que Dieu seul peut donner, savoir la rvlation dune chose cache ou la connaissance de choses futures. 22. Comme nous venons de le dire, en premier lieu, nous devons croire quil existe un seul Dieu. Il nous faut croire, en second lieu, que ce Dieu est le Crateur, qui a fait le ciel et la terre, les choses visibles et invisibles. Laissant de ct pour le moment les raisonnements trop subtils, montrons par un exemple simple la vrit de la proposition : Toutes choses ont t cres et faites par Dieu. Si quelquun, son entre dans une maison, y sentait de la chaleur, et, pntrant ensuite plus avant, sil y sentait une chaleur de plus en plus intense mesure quil avance, il croirait videmment lexistence dun feu dans cette demeure, mme sil ne voyait pas ce feu, source de cette chaleur. Il en va de mme pour celui qui considre les choses de ce monde. Il trouve en effet toutes ces choses disposes selon divers degrs de beaut et de noblesse, et il constate que plus elles sont proches de Dieu, plus elles sont belles et bonnes. Cest pourquoi, les corps clestes sont plus beaux et plus nobles que les corps terrestres, les choses invisibles que les choses visibles. Aussi devons-nous croire que toutes ces ralits viennent du Dieu unique, qui donne chaque chose son existence et son excellence. Il est dit au Livre de la Sagesse (13, 1 & 5) : Oui, ils sont vains, tous les hommes qui mconnaissent Dieu et qui, par les biens visibles, nont pas t capables de connatre celui qui est, ni, par la considration de ses uvres, de connatre lartisan divin; car la grandeur et la beaut de la crature peuvent faire contempler et connatre le Crateur. Nous devons donc tenir pour certain que tout ce qui est dans le monde vient de Dieu. 23. A ce sujet, nous devons viter trois erreurs.

La premire, est lerreur des Manichens ceux-ci disent : toutes les choses visibles ont t cres par le diable; aussi attribuent-ils Dieu seulement la cration des choses invisibles. Voici la cause de leur erreur ils affirment conformment la vrit : Dieu est le souverain Bien, et tout ce qui vient du Bien est bon; mais dans leur incapacit de discerner ce quest le mal et ce quest le bien, ils crurent que toutes les choses qui taient mauvaises dune certaine manire, taient mauvaises purement et simplement : ainsi, selon eux, le feu est entirement mauvais, parce quil brle ; leau aussi est entirement mauvaise, parce quelle suffoque; et il en est de mme, leurs yeux, des autres ralits visibles. Ainsi, parce quaucun des tres sensibles nest entirement bon, mais que tous sont en partie mauvais et dficients, les Manichens dirent : toutes les choses visibles ne furent pas faites par le Dieu bon, mais par le dieu mauvais. Pour rfuter ces hrtiques, S. Augustin propose lexemple suivant : Si quelquun entrait dans la maison dun artisan et y trouvait des outils contre lesquels il se heurterait et qui le blesseraient, et sil induisait de l que lartisan est mauvais parce quil possde de tels outils, il serait un sot, puisque cet artisan ne les dtient que pour accomplir son ouvrage. Ainsi cest une absurdit de dire telles cratures sont mauvaises parce quelles sont nuisibles en quelque chose : ce qui en effet est nuisible lun est utile lautre. Cette erreur des Manichens est contraire la foi de lEglise. Pour lcarter, nous affirmons que Dieu a cr toutes les choses visibles et invisibles. On lit en effet dans la Gense (I, 1) : Au commencement Dieu cra le ciel et la terre, et dans lEvangile de S. Jean (I, 3) : Tout a t fait par le Verbe. 24. A cette affirmation de lEcriture sur la cration du monde par Dieu soppose une deuxime erreur : savoir lerreur des hommes pour qui le monde est ternel. Voici ce que S. Pierre met sur les lvres de ces gens (II, 3, 4) : Depuis que nos Pres sont morts, tout demeure comme depuis le commencement de la cration. Ces hommes furent amens penser ainsi,
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parce quils ne surent pas considrer lorigine de ce monde. Cest pourquoi, dclare Maimonide, ils ressemblent un enfant qui ds sa naissance aurait t plac dans une le et naurait jamais vu ni une femme enceinte ni un enfant venir au monde : si on expliquait cet enfant, une fois arriv lge adulte, comment lhomme est conu et port dans le sein, et comment il nat, il refuserait dajouter foi aux paroles de son interlocuteur, parce quil lui paratrait impossible quun homme puisse tre dans le sein de sa mre. De mme, ces hommes, considrant ltat du monde prsent, se refusent croire quil ait eu un commencement. Eux galement se mettent en contradiction avec la foi de lEglise. Aussi pour repousser leur erreur, nous disons de Dieu quil est crateur du ciel et de la terre. Si le ciel et la terre ont t faits, il est vident quils nont pas toujours t ; cest pourquoi il est dit des cratures dans le Psaume 148, 5 : Dieu commanda et elles furent cres. 25. - La troisime erreur concernant la cration est celle des hommes qui dclarent : Dieu a cr le monde dune matire prexistante. La cause de leur mprise, cest quils voulurent mesurer la puissance de Dieu daprs notre puissance nous, hommes. Aussi, comme lhomme ne peut rien faire sans une matire prexistante, ils crurent quil en allait de mme pour Dieu. Cest pourquoi ils affirmrent : Dans la production des tres, Dieu utilise une matire prexistante. Mais cette assertion est fausse. Car si lhomme ne peut rien faire sans une matire prexistante, cela rsulte du fait quil est cause partielle, qui ne peut que donner telle ou telle forme une matire dtermine qui lui est fournie par un autre. Sa puissance, en effet, stend seulement la forme : aussi ne peut-il tre cause que delle seule. Quant Dieu, lui, il est la cause universelle de toute chose : il ne cre pas seulement la forme, il cre aussi la matire : il a tout fait de rien. Cest pourquoi, pour carter lerreur mentionne plus haut, nous disons : il est le Crateur du ciel et de la terre. Entre crer et faire, il y a en effet cette diffrence, que crer, cest faire quelque chose de rien, mais faire, cest fabriquer ou produire quelque chose partir dune matire prexistante. Si donc Dieu a tout fait de rien, nous devons croire quil pourrait de nouveau tout crer, si tout tait dtruit; cest pourquoi il peut rendre la vue un aveugle, ressusciter un mort et oprer dautres uvres miraculeuses. Lauteur du Livre de la Sagesse dit en effet au Seigneur (12, 18) : Car la puissance est avec vous quand vous le voulez. 26. Cette doctrine a cinq consquences pratiques.

Premirement lhomme est conduit la connaissance de la Majest divine. En effet lartisan est suprieur ses ouvrages : donc, comme Dieu est le Crateur de toutes choses, il lemporte sans conteste sur toutes ses cratures. Nous lisons en effet au Livre de la Sagesse (13, 34) : Si les hommes, charms de la beaut des cratures, les ont prises pour des dieux, quils sachent combien leur Matre lemporte sur elles : car cest lAuteur mme de la beaut qui les a faites; et sils en admirrent la puissance et les effets, quils en dduisent combien plus puissant est celui qui les a forms. Cest pourquoi tout ce que nous pouvons comprendre et penser de Dieu est au-dessous de lui. Aussi lisons-nous au Livre de Job (36, 26) : Oui, Dieu est grand; il dpasse notre Science. 27. Deuximement : la considration de Dieu, crateur de toutes choses, porte lhomme lui rendre grces. Car si Dieu est crateur de toutes choses, sans aucun doute tout ce que nous sommes, et tout ce que nous possdons vient de Dieu. Quas-tu que tu ne laies reu disait en effet lAptre aux Corinthiens (I. 4, 7) : et nous lisons au Psaume 23, 1 Au Seigneur est la terre avec ce qui la remplit, le monde et tous ses habitants. Nous devons donc rendre des actions de grces Dieu et rpter aprs le Psalmiste (Ps. 115, 12) : Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce quil ma accord. 28. En troisime lieu : si nous contemplons Dieu comme le Crateur de tous les tres, nous sommes amens pratiquer la patience dans les adversits. En effet, bien que toute crature vienne de Dieu et par le fait mme soit bonne selon sa nature : toutefois si lune dentre elles nous nuit en quelque chose et nous inflige une peine, nous devons croire que cette peine vient de Dieu. Le pch ne vient cependant pas de lui, car Dieu ne peut tre
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lorigine que dun mal qui soit ordonn au bien. Si toute peine que lhomme endure vient de Dieu, il doit donc supporter ces maux avec patience. Les peines en effet nous purifient des pchs, elles humilient les coupables, provoquent les bons aimer Dieu. Si nous avons reu des biens de la main de Dieu, disait Job (2, 10) : pourquoi naccepterionsnous pas galement des maux? 29. En quatrime lieu : contempler Dieu comme Crateur de tout, nous incite user sagement des cratures. Nous devons en effet utiliser les cratures pour les fins pour lesquelles Dieu les a faites. Or Dieu les a cres dans un double but : dabord pour sa gloire, car, disent les Proverbes (16, 4) : Le Seigneur a fait toutes choses pour lui-mme (cest--dire pour sa gloire); et aussi en second lieu, pour notre utilit, comme le dclare Mose (Deut. 4, 19) : Le Seigneur ton Dieu a fait ces cratures pour quelles soient au service de toutes les nations. Nous devons donc user de ces choses pour la gloire de Dieu, cest--dire pour que, dans lusage que nous en faisons, nous soyons agrables Dieu ; et nous devons nous en servir galement pour notre utilit en sorte quen les employant nous ne commettions pas de pch. Toutes choses sont vtres, disait le roi David au Seigneur (I. Par. 29, 14) : et nous vous donnons ce que nous avons reu de votre main. Donc, tout ce que vous possdez, que ce soit la science ou la beaut, vous devez le rapporter la gloire de Dieu et lutiliser pour procurer sa gloire. 30. La considration de Dieu, Crateur de tout, nous amne en cinquime lieu la connaissance de la dignit de lhomme. Dieu en effet a cr toutes choses pour lhomme, comme il est dit au Psaume 8, 8 Vous avez mis toutes choses sous ses pieds. Et lhomme, aprs les Anges, est parmi toutes les cratures celle qui ressemble le plus Dieu. Le Seigneur en effet dclare dans la Gense (1, 26) : Faisons lhomme notre image et ressemblance. A la vrit, Dieu na prononc cette parole, ni propos du ciel, ni propos des toiles, mais bien au sujet de lhomme. Et cette mme parole ne vise pas son corps mais son me incorruptible et doue dune volont libre; cest par lme en effet que lhomme est plus semblable Dieu que les autres cratures. Nous devons donc considrer ceci lhomme, aprs les Anges, lemporte en dignit sur les autres cratures; aussi, il ne doit en aucune manire amoindrir sa dignit par le pch et lapptit dsordonn des choses corporelles; ces choses, Dieu les a faites infrieures nous et les a mises notre service. Mais nous devons nous comporter dans nos actes conformment au dessein que Dieu avait en vue en nous crant. Dieu en effet a cr lhomme pour dominer sur tous les tres qui sont sur la terre et pour se soumettre Dieu. Nous devons donc dominer et soumettre les cratures infrieures nous et en mme temps nous soumettre Dieu, lui obir et le servir et par l nous parviendrons la jouissance de Dieu ce quil daigne nous accorder dans sa misricorde.

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III ARTICLE II Je crois aussi en Jsus-Christ, le Fils unique du Pre, Notre Seigneur

31. Non seulement il est ncessaire aux chrtiens de croire quil existe un Dieu unique et que ce Dieu unique est le Crateur du ciel et de toutes choses, mais il leur est galement ncessaire de croire que ce Dieu est Pre et que le Christ est son Fils vritable. Que Dieu soit Pre, et que le Christ soit son Fils, ce nest pas, comme le dit S. Pierre, une fable, mais une certitude, certitude prouve par la parole de Dieu sur la montagne. Cet Aptre dclare en effet dans sa 2 ptre (1, 16-18) : En effet, ce nest pas en nous attachant dingnieuses fictions, que nous vous faisons connatre la puissance et la prsence de notre Seigneur Jsus-Christ, mais en tmoins oculaires de sa Majest. En effet il reut honneur et gloire de Dieu le Pre, lorsque, de la gloire magnifique, une voix lui parvint : Celui-ci est mon Fils bien-aim; en lui je me complais; coutez-le. Et cette voix, nous lavons entendue nous-mmes, venue du ciel, quand nous tions avec lui sur la sainte montagne. Le Christ Jsus lui-mme appelle Dieu son Pre en plusieurs circonstances et il se dit le Fils de Dieu; les Aptres aussi et les saints Pres mirent parmi les articles de foi cette vrit le Christ est Fils de Dieu, lorsquils dirent Je crois aussi en Jsus-Christ, son Fils, cest--dire le Fils de Dieu. 32. Mais il y eut des hrtiques dont la foi en Jsus Fils de Dieu fut errone. Photin en effet dclare : Le Christ est Fils de Dieu exactement comme ces hommes vertueux qui mritrent, par leur vie honnte et laccomplissement de la volont de Dieu, dtre appels fils de Dieu par adoption. De mme, dit-il, le Christ, dont la vie fut vertueuse et conforme la volont de Dieu, mrita dtre nomm fils de Dieu ; et il prtendit que le Christ nexista pas avant la Bienheureuse Vierge, mais quil commena dexister quand elle le conut dans son sein. Ainsi Photin commit une double erreur. La premire fut de ne pas affirmer "Le Christ est le vrai Fils de Dieu selon la nature"; la seconde fut de dire "le Christ commena dexister dans le temps, selon tout son tre", alors que notre foi affirme Jsus est le Fils de Dieu par nature et il est ternel, conformment aux tmoignages clairement exprims dans la Sainte Ecriture. Contre la premire erreur, en effet, lEcriture affirme : Le Christ nest pas seulement Fils de Dieu, mais il est son Fils unique. Le Fils unique de Dieu, qui est dans le sein du Pre, lui, a rvl Dieu, dit S. Jean (Jn 1, 18). Et contre la seconde erreur Jsus-Christ lui-mme a dclar (Jean 8, 58) : En vrit, en vrit, je vous le dis, avant quAbraham ft, je suis. Or, sans aucun doute possible, Abraham a exist avant la Bienheureuse Vierge. Cest pourquoi, les saints Pres, dans un autre symbole, contre la premire erreur, ajoutre nt aux mots "Je crois en Jsus Christ" les paroles le Fils unique de Dieu, et contre la seconde erreur il est n du Pre avant tous les sicles. 33. Quant Sabellius, sil dclara "Le Christ fut antrieur la Bienheureuse Vierge", par contre il affirma "La personne du Pre nest pas diffrente de celle du Fils; le Pre lui-mme sest incarn; cest pourquoi la personne du Pre et du Fils est la mme". Une telle doctrine, destructrice de la Trinit des personnes est errone ; elle a contre elle cette parole de Jsus aux Pharisiens (Jean 8, 16) : Je ne suis pas seul : il y a moi et celui qui ma envoy, le Pre. Or, de toute vidence, personne ne peut tre envoy par lui-mme. Donc Sabellius se trompe ; cest pourquoi le symbole des Pres ajoute au sujet de Jsus-Christ que nous devons le croire Dieu de Dieu, lumire de la lumire, cest--dire Dieu Fils procdant de Dieu Pre, et Fils qui est lumire, procdant du Pre qui est lui-mme lumire. 34. Venons-en Arius. Sil dclara Le Christ fut antrieur la Bienheureuse Vierge, et autre est la personne du Pre, autre celle du Fils, toutefois il attribua au Christ trois choses contraires la vrit : selon lui, premirement, le Fils de Dieu
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est une crature; deuximement, il nest pas ternel, mais un moment du temps il a t cr par Dieu comme la plus noble des cratures; troisimement, Dieu le Fils ne possde pas la mme nature que Dieu le Pre, et ainsi il nest pas vraiment Dieu. Une telle doctrine est galement errone et contraire aux tmoignages de la Sainte Ecriture. On y lit en effet ces paroles du Seigneur Jsus (Jean 10, 30) : Le Pre et moi nous sommes un, videmment par la nature; cest pourquoi, comme le Pre a toujours exist, il en est de mme du Fils; et de mme que le Pre est le vrai Dieu, le Fils lest galement. Cest pourquoi, aux paroles dArius "le Christ fut une crature" les Pres opposent dans leur symbole ces autres paroles "il est vrai Dieu, procdant du vrai Dieu". Et lerreur dArius "le Christ na pas t depuis lternit, mais il fut cr dans le temps", ils opposrent ces paroles " il a t engendr et non cr". Enfin, contre cette autre erreur "le Christ nest pas de la mme substance que le Pre", ils ajoutrent ces mots "il est consubstantiel au Pre". 35. Comme nous venons de le montrer clairement, nous devons donc croire les vrits suivantes : Le Christ est le Fils unique de Dieu; il est vraiment Fils de Dieu; il a toujours t avec le Pre; autre est la personne du Pre, autre la personne du Fils; le Fils possde en commun avec le Pre une mme nature. Mais ces diffrentes vrits que nous croyons ici-bas par la foi, nous les connatrons dans la vie ternelle par une vision parfaite. Aussi pour notre consolation, allons-nous en dire maintenant quelque chose. 36. Il faut savoir que les divers tres ont des modes divers de gnration. La gnration en Dieu diffre de celle des autres tres aussi ne pouvons-nous arriver connatre ce quest la gnration en Dieu qu laide de la gnration chez les cratures qui sont le plus semblables Dieu. Or rien nest plus semblable Dieu, comme nous lavons dit, que lme humaine, et voici comment sy opre une gnration. Lhomme pense par son me quelque chose que nous appelons conception de lintelligence, et cette conception provient de lme comme dun pre; on lappelle verbe (cest--dire parole) : de lintelligence ou de lhomme. Lme donc engendre son verbe en pensant. De mme, le Fils de Dieu nest rien dautre que le Verbe de Dieu; ce nest pas un verbe, une parole profre au dehors, parce que ce verbe extrieur passe, mais cest un verbe, une parole, conue au-dedans cest pourquoi ce Verbe de Dieu est de mme nature que Dieu et lui est gal. Le Bienheureux Aptre S. Jean, en parlant du Verbe de Dieu, dtruisit les hrsies que nous venons de rapporter. Premirement il anantit lhrsie de Photin par ces paroles : Au commencement tait le Verbe. Deuximement, il ruine celle de Sabellius, en disant : Et le Verbe tait auprs de Dieu. Troisimement, il abat celle dArius, en ajoutant : Et le Verbe tait Dieu. 37. Mais le verbe, la parole nest pas de la mme manire en Dieu et en nous. En nous, notre parole en effet est un accident; mais en Dieu, le Verbe de Dieu est la mme ralit que Dieu lui-mme, puisquil ny a rien en Dieu qui ne soit lessence de Dieu. Or nul ne peut dire Dieu ne possde pas de Verbe; car sil en tait ainsi, il serait sans nulle intelligence et cest pourquoi, comme Dieu a toujours exist, il en est de mme de son Verbe. 38. Et comme lartisan excute tous ses ouvrages daprs le modle quil a labor lavance dans son intelligence, modle qui est son verbe pareillement, Dieu accomplit aussi toutes choses par son Verbe, qui est comme sa science, son art. Toutes choses, dclare saint Jean (1, 3) : furent faites par lui, le Verbe de Dieu. 39. Si le Verbe de Dieu est Fils de Dieu, et si toutes les paroles de Dieu sont la ressemblance de ce Verbe,

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nous avons, en premier lieu, le devoir dcouter volontiers les paroles de Dieu. En effet, si nous coutons avec plaisir ses paroles, cest un signe que nous aimons Dieu. 40. Nous devons, en second lieu, croire aux paroles de Dieu par cette foi. En effet, le Verbe de Dieu habite en nous, conformment la parole de lAptre (Eph. 3, 17) : Que le Christ, qui est le Verbe de Dieu, habite dans vos curs par la foi. Aussi le Seigneur dclare-t-il aux Pharisiens (Jean 5, 38) : Le Verbe de Dieu ne demeure pas en vous. 41. Il faut, en troisime lieu, que nous mditions continuellement le Verbe, la Parole de Dieu demeurant en nous. Il ne suffit pas en effet de croire, la mditation aussi est ncessaire; sans elle, cette prsence en nous du Verbe de Dieu ne nous serait pas profitable. Ce genre de mditation est en effet dun grand secours contre le pch, comme le montre cette parole du Psalmiste (Ps. 118, 11) : Je garde tes paroles caches dans mon cur pour ne pas pcher. A cette mditation lhomme juste sexerce sans cesse La loi du Seigneur, est-il dit au Psaume 1, le juste la mdite nuit et jour. Aussi saint Luc (2, 19 & 51) : crit-il de la Bienheureuse Vierge : Elle gardait toutes les paroles de Jsus dans son cur pour les mditer. 42. Il convient, en quatrime lieu, que lhomme communique aux autres la parole de Dieu, en avertissant, en prchant, en stimulant. Quil ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise, disait saint Paul (Eph. 4, 29) : nen ayez que de bonnes, propres difier. De mme, il crivit aux Colossiens (3, 16) : Que la Parole du Christ demeure en vous avec abondance, en toute sagesse, vous enseignant et vous avertissant les uns les autres. Et Timothe (2. Tim. 4, 2) : Proclame la parole, insiste temps et contretemps, reprends, exhorte, menace avec une entire patience et une doctrine intgre. 43. En dernier lieu, nous devons suivre la recommandation de saint Jacques, concernant la Parole de Dieu Mettez-la en pratique, cette parole, dit-il (I, 22), ne vous contentez pas de lcouter : ce serait vous abuser vous-mmes. 44. Ces cinq devoirs relatifs la Parole de Dieu, la Bienheureuse Vierge les a observs par ordre lorsquelle a engendr le Verbe de Dieu. Premirement, en effet, elle couta les paroles de saint Gabriel : lEsprit Saint surviendra en vous. Deuximement, la Vierge Marie donna son consentement aux paroles de lAnge par sa foi, en disant : Voici la servante du Seigneur En troisime lieu, elle porta en son sein le Verbe incarn. En quatrime lieu, elle lenfanta. Cinquimement, elle le nourrit et lallaita. Aussi lEglise chante-t-elle : Par un don du ciel, la Vierge nourrissait de son sein le Roi des Anges.

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IV Article III Je crois en Jsus qui a t conu du Saint Esprit, est n de la Vierge Marie

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Il est ncessaire au chrtien de croire au Fils de Dieu, nous venons de le montrer. Mais cette foi ne suffit pas. Il nous faut croire galement son Incarnation.

Cest pourquoi, aprs avoir dit beaucoup de choses trs difficiles et trs leves sur le Verbe, le Bx Jean nous parle ensuite de son Incarnation en ces termes (Jean 1, 14) : Et le Verbe sest fait chair. Pour nous aider saisir quelque chose de ce mystre, je proposerai deux exemples. Sans aucun doute rien nest plus semblable au Fils de Dieu que le verbe que notre intelligence conoit sans le profrer par les lvres. Or, nul ne connat le verbe tant quil demeure dans lintelligence de lhomme si ce nest celui qui le conoit; mais ds que notre langue le fait entendre, il est connu de nos auditeurs. Ainsi le Verbe de Dieu, aussi longtemps quil demeurait dans lintelligence du Pre, tait connu seulement de son Pre; mais une fois revtu dune chair, comme le verbe de lhomme se revt du son de la voix, il sest alors manifest au dehors pour la premire fois et sest fait connatre, selon cette parole de Baruch (3, 38) : Ainsi il est apparu sur la terre et il a convers avec les hommes. Voici le deuxime exemple. Nous connaissons par loue le verbe profr par la voix, et cependant nous ne le voyons pas et nous ne le touchons pas; mais si ce verbe nous lcrivons sur un papier, alors nous pouvons le toucher et le voir. Ainsi le Verbe de Dieu sest fait, lui aussi, et visible et tangible, lorsquil sinscrivit en quelque sorte dans notre chair. Et de mme que le papier sur lequel est inscrite la parole du roi, nous lappelons la parole du roi, de mme lhomme auquel est uni le Verbe de Dieu dans une seule personne, nous le nommons le Fils de Dieu. A ce sujet, il est juste de rappeler les paroles du Seigneur Isae (8, 1) : Prends un grand livre, et crisy avec un poinon dhomme; et cest pourquoi les saints Aptres dirent de Jsus, le Fils unique de Dieu il a t conu du Saint Esprit et il est n de la Vierge Marie. 46. Sur ce sujet beaucoup ont err. Cest pourquoi les saints Pres, dans un autre symbole, au Concile de Nice, ajoutrent de nombreuses prcisions, grce auxquelles, maintenant, toutes ces erreurs sont dtruites. 47. Origne en effet dclara : Le Christ est n et il est venu dans le monde pour sauver mme les dmons. Aussi tous les dmons, dit-il, seront sauvs la fin du monde. Assertion contraire aux affirmations de la Sainte criture. Ainsi lisons-nous dans saint Matthieu ces paroles que le Seigneur dira lors du jugement dernier (25, 41) : Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu ternel, qui a t prpar pour le diable et pour ses anges. Cest pour repousser cette erreur que les Pres ajoutrent au symbole : Cest pour nous les hommes, (non pour les dmons) et cest pour notre salut que Jsus est n de la Vierge Marie. Paroles qui font apparatre davantage lamour de Dieu notre gard. 48.Quant Photin, il consentit bien ce que le Christ ft n de la Vierge Bienheureuse, mais il ajouta : ctait un simple homme. Par sa vie vertueuse et par laccomplissement de la volont de Dieu, il mrita de devenir le Fils de Dieu, comme les autres saints. Mais cette erreur sopposent les paroles mmes de Jsus (Jean 6, 38) : Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volont moi, mais la volont de celui qui ma envoy. Or, il est vident quil ne serait pas descendu du ciel sil ne sy tait pas trouv et sil navait t quun homme, il naurait pas t au ciel. Cest pour carter lerreur de Photin que les Pres ajoutrent dans leur symbole Jsus descendit des cieux. 49. Mans, lui, dclara : Le Fils de Dieu a, effectivement, toujours exist et il est bien descendu du ciel, mais sa chair nest pas une chair vritable : cest une chair apparente.
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Assertion fausse : il ne convenait pas en effet au Matre de la vrit de prsenter quelque fausset; cest pourquoi, comme il soffrait aux regards avec une vritable chair humaine, il la possdait vraiment. Cest pourquoi le Seigneur dclara ses Aptres (Luc 24, 39) : Touchez-moi et voyez un esprit na ni chair ni os, comme vous voyez que jen ai. Cest pour supprimer lerreur de Mans, que les saints Pres ajoutrent dans leur symbole : Et JsusChrist sest incarn. 50. Quant Ebion, Juif dorigine, il disait le Christ est bien n de la Vierge Marie, mais elle le conut par son union avec un homme et grce une semence virile. Affirmation fausse, elle aussi : lAnge du Seigneur dit en effet saint Joseph (Mat. I, 21) : Ce qui a t engendr en Marie, ton pouse, vient du Saint Esprit. Aussi les saints Pres pour carter cette erreur ajoutrent-ils dans leur symbole que la conception de Jsus tait luvre du Saint-Esprit. 51. Valentin confessa justement Le Christ a t conu du Saint-Esprit; mais il prtendit par contre que le Saint Esprit avait apport du ciel un corps cleste et lavait dpos dans la Vierge Bienheureuse, et que ce corps fut celui du Christ. Ainsi la Bienheureuse Vierge na rien fait dautre que dtre le rceptacle de ce corps ; ce corps, disait-il, est pass par la Vierge Bienheureuse comme par un aqueduc. Affirmation entirement errone, car lAnge Gabriel avait dclar Marie (Luc 1, 35) : Ltre saint qui natra de toi sera appel Fils de Dieu et lAptre crivit aux Galates (4, 4) : Lorsque fut venu la plnitude des temps, Dieu a envoy son Fils form dune femme. Aussi les Pres ajoutrent-ils dans leur symbole que Jsus est n de la Vierge Marie. 52. Quant Arius et Apollinaire, ils dclarrent : Le Christ est bien le Verbe de Dieu et il est bien n de la Vierge Marie, mais sa divinit lui tient lieu dme; car dme, il nen a pas. Assertion fausse, contraire lEcriture Sainte. Le Christ en effet a dit (Jean 12, 27) : Maintenant mon me est trouble; et lheure de son agonie (Matt. 26, 38) : Mon me est triste jusqu la mort. Aussi les saints Pres, pour anantir cette erreur, ajoutrent-ils dans leur symbole : Et il sest fait homme. Lhomme en effet est compos dun corps et dune me : et Jsus possda trs vritablement tout ce quun homme peut avoir, hormis le pch. 53. Par ces paroles : Jsus-Christ sest fait homme, sont dtruites toutes les erreurs rapportes plus haut et aussi toutes celles qui pourraient surgir ; et principalement lerreur dEutychs qui enseignait lunit de nature du Christ par mlange de la nature divine et de la nature humaine, de telle sorte que cette nature du Christ ne serait ni purement divine ni purement humaine. Assertion entirement errone car alors le Christ ne serait pas un homme. Contre cette erreur, il a t dit : Il sest fait homme. Par ces paroles Le Christ sest fait homme, est anantie galement lerreur de Nestorius. Celui-ci dclarait : Le Fils de Dieu est uni un homme simplement parce quil demeure en lui. Assertion fausse, elle aussi, car elle revient dire Le Fils de Dieu nest pas homme, mais il est dans un homme. Or, que le Christ soit vraiment homme, lAptre le dclare clairement par ces paroles (Phil. 2, 7) : Le Christ a t reconnu pour homme par tout ce qui a paru en lui. Jsus lui-mme a dit de lui aux Juifs (Jean 8, 40) : Pourquoi cherchez-vous faire mourir lhomme que je suis, qui vous ai dit la vrit que jai entendue de Dieu? 54. De ce que nous venons de dire de lIncarnation du Fils de Dieu, nous pouvons tirer plusieurs consquences pour notre instruction.

Premirement un affermissement de notre foi. Car si quelquun nous dcrivait certaines particularits concernant une terre loigne o il naurait jamais t, la foi que nous accorderions ses paroles ne serait pas aussi grande que celle que nous lui donnerions sil y avait sjourn. Avant donc que le Christ ne vint au monde, les Patriarches, les Prophtes et saint Jean-Baptiste rvlrent diffrentes choses sur Dieu mais les hommes ne
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donnrent pas leurs paroles une foi gale celle quils accordrent au Christ, qui fut avec Dieu, bien plus, qui fut un avec lui. Ainsi notre foi, que le Christ lui-mme nous a transmise, est trs ferme. Nul na jamais vu Dieu, disait saint Jean (Jn 1, 18) : le Fils unique qui est dans le sein du Pre, lui, la rvl. De l vient que de nombreux secrets de la foi nous furent dvoils aprs lavnement du Christ, qui auparavant, avaient t cachs. 55. En second lieu notre esprance sen trouve leve. Il est hors de doute en effet, que le Fils de Dieu, prenant notre chair, nest pas venu nous pour un motif peu important, mais bien pour nous tre grandement utile; il a en effet accompli une sorte dchange car sil a pris un corps avec une me et sil daigna natre de la Vierge, cest pour, ensuite, nous faire don de sa divinit et ainsi, il sest fait homme pour faire que lhomme devnt Dieu. A lui, Jsus-Christ, disait lAptre aux Romains (5, 2) : lui nous devons davoir accs par la foi cette grce o nous sommes tablis, et de nous glorifier dans lesprance de la gloire des fils de Dieu. 56. En troisime lieu la mditation du mystre de lIncarnation enflamme notre charit. Savoir, en effet, que Dieu, Crateur de toutes choses, sest fait crature, que Notre Seigneur est devenu notre frre, que le Fils de Dieu sest fait le fils de lhomme, est la preuve la plus vidente de la divine charit. Comme il est dit dans lEvangile de saint Jean (3, 16) : Dieu a tant aim le monde quil a donn son Fils unique. Cette vrit, si nous la considrons, doit enflammer de nouveau notre amour pour Dieu et lembraser. 57. Quatrimement la considration du mystre du Fils de Dieu fait homme nous porte garder pure notre me. Notre nature en effet a t tellement ennoblie et exalte par son union avec Dieu quelle a t leve lunit avec une personne divine : aussi lAnge, aprs lIncarnation, ne put souffrir que le bienheureux Aptre Jean ladort, alors que, avant, il stait laiss adorer mme par les plus grands des Patriarches. Aussi lhomme doit-il se rappeler et mditer son exaltation : par l, il se gardera de se souiller, lui et sa nature, par le pch. Cest lenseignement mme du bienheureux Aptre Pierre (II. I, 4) : Par Jsus Christ, nous dit-il, Dieu a ralis des promesses magnifiques et prcieuses, afin que nous devenions ainsi participants de la nature divine, et que nous nous soustrayions la corruption de la convoitise qui est dans le monde. 58. Cinquimement : la mditation du mystre du Verbe incarn enflamme notre dsir datteindre le Christ. Si en effet quelquun avait pour frre un roi et tait loign de lui, ne dsirerait-il pas se rendre auprs de sa personne royale, tre chez lui et y demeurer? Aussi, comme le Christ est notre frre, nous devons nous aussi dsirer tre avec lui et nous unir lui. Le Christ na-t-il pas dit ses disciples (Math. 24, 28) : Partout o sera le corps, ici se rassembleront les aigles et lAptre naspirait-il pas mourir pour tre avec le Christ (Cf. Phil. 1, 23). Sans aucun doute, si nous mditons lIncarnation du Verbe, nous ferons grandir en nous le dsir de partir pour tre avec le Seigneur.

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V ARTICLE 4 Je crois en Jsus, qui a souffert sous Ponce Pilate, a t crucifi, est mort et a t enseveli 59. Comme il est ncessaire au chrtien de croire lIncarnation du Fils de Dieu, il lui faut croire galement sa passion et sa mort. "Natre ne nous et t utile en rien, disait en effet saint Grgoire, si nous navions pas t rachets". Or, le fait que le Christ soit mort pour nous est une vrit trs leve que notre intelligence peut peine saisir; bien plus, elle ne viendrait mme pas lesprit. Cest ce quaffirme saint Paul. (Actes 13, 41) : Je vais, dit Dieu, accomplir une uvre en vos jours, une uvre quel vous ne croiriez pas, si on vous la racontait. Et de mme Habacuc (I, 5) : Une uvre a t accomplie en vos jours, que personne ne croira quand on la lui racontera. La grce de Dieu en effet et son amour pour nous sont si grands que ce quil a fait pour nous dpasse ce que nous pouvons comprendre. 60. Cependant, nous ne devons pas croire que le Christ a souffert la mort de telle manire que sa divinit soit morte; en lui cest sa nature humaine qui subit la mort. Il est mort, en effet, non en tant que Dieu, mais en tant quhomme. Voici trois exemples qui mettront en lumire cette vrit. Nous puiserons le premier en nous-mmes. Lorsquun homme meurt, son me en se sparant du corps ne meurt pas, cest son corps, sa chair, qui subit la mort. De mme, dans la mort du Christ, la divinit na pas t atteinte, mais bien la nature humaine. 61. On peut objecter que les Juifs nont pas tu la divinit du Christ, ils nont pas commis, semble-t-il, un plus grand pch en mettant mort Jsus, que sils avaient tu un autre homme. 62. Il faut rpondre : Supposons un roi revtu dun vtement. Si quelquun souillait ce vtement, il tomberait dans une faute aussi grande que sil souillait le roi en personne. Ainsi les Juifs ils ne purent pas tuer Dieu mais, parce quils mirent mort la nature humaine assume par le Christ, ils furent chtis aussi svrement que sils avaient tu la divinit. 63. Voici le troisime exemple. Comme nous lavons dit plus haut, le Fils de Dieu est le Verbe de Dieu et on peut comparer ce Verbe (ou Parole) de Dieu incarn une parole de roi crite sur une feuille de papier. Si donc quelquun dchirait le papier o est crite la parole du roi, il ferait une faute aussi grave que sil dchirait la parole du roi. Cest pourquoi le pch des Juifs mettant mort lHomme-Dieu est aussi grand que sils avaient tu le Verbe mme de Dieu. [II] 64. Mais quelle ncessit y avait-il ce que le Verbe de Dieu souffrt pour nous? Ctait trs ncessaire et nous pouvons donner deux raisons de cette ncessit. Les souffrances du Christ, en effet, taient ncessaires, en premier lieu comme remde nos pchs et, en second lieu, comme modle de nos actions. [A] 65. Et dabord, ses souffrances nous sont un remde. En effet, dans la passion du Christ, contre tous les maux que nous encourons par le pch, nous trouvons un remde. Or, le pch nous fait encourir cinq maux. 66. Et premirement : une souillure. Lhomme en effet, par le pch, souille son me car, comme la vertu est la beaut de lme, le pch est sa souillure. Do vient, Isral, est-il dit au Livre de Baruch (3, 10), do vient que tu es dans le pays de tes ennemis, que tu te souilles avec les morts? Mais cette souillure, la passion du Christ la fait disparatre; le Christ, en effet, par sa passion, a prpar un bain dans son sang pour y laver les pcheurs. Il nous a lavs de nos pchs, dit saint Jean (Apoc. 1, 5), dans son sang. Or lme est lave par le sang du Christ au baptme, car le baptme tire sa force rgnratrice du sang du Christ. Aussi
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quiconque se souille par le pch fait injure au Christ, et son pch est plus grand que sil avait t commis avant le baptme, suivant ces paroles de lptre aux Hbreux (10, 28-29) : Si celui qui a viol la Loi de Mose est impitoyablement mis mort, sur la dposition de deux ou trois tmoins, quel chtiment plus grave ne pensez-vous pas que doive encourir celui qui a foul aux pieds le Fils de Dieu et tenu pour profane le sang de lalliance? 67. En second lieu : par le pch nous encourons la disgrce de Dieu. De mme, en effet, que lhomme charnel aime la beaut charnelle, ainsi Dieu, lui, aime la beaut spirituelle, qui est la beaut de lme. Quand donc lme se souille par le pch, Dieu est offens et il prend en haine le pcheur. Dieu, dit en effet la Sagesse, (14, 9) : hait limpie et son impit. Mais cette haine, le Christ lefface par sa passion. Par elle, en effet, il a satisfait Dieu le Pre pour le pch. Car lhomme de lui-mme ne pouvait pas satisfaire pour ses fautes; Jsus a bien satisfait, parce que sa charit et son obissance furent plus grandes que le pch du premier homme et sa dsobissance. Alors que nous tions les ennemis de Dieu, dit saint Paul (Rom. 5, 10) : nous avons t rconcilis avec lui par la mort de son Fils. 68. En troisime lieu, le pch nous affaiblit. Car lhomme, aprs un premier manquement, croit pouvoir ensuite se garder du pch mais tout le contraire lui arrive : la premire faute en effet laffaiblit et le rend plus enclin pcher; ainsi le pch le domine davantage et, autant quil dpend de lui, il se met dans une situation telle que, sans la puissance divine, il ne peut se relever ; il est comme un homme qui se jetterait dans un puits. Aprs le pch notre nature fut donc affaiblie et corrompue, et lhomme se trouva plus enclin pcher. Mais le Christ a diminu cette faiblesse et cette infirmit, bien quil ne lait pas supprime entirement. Sa passion a fortifi lhomme et affaibli le pch, si bien que nous ne sommes plus autant domins par lui; aids par la grce de Dieu, que nous confrent les sacrements, dont lefficacit vient de la passion du Christ, nous pouvons faire des efforts efficaces pour nous dgager du pch. Notre vieil homme, dit lAptre (Rom. 6, 6), a t crucifi avec le Christ, pour que ft dtruit le corps de pch. Avant la passion du Christ, en effet, on trouvait peu dhommes vivant sans pch mortel, mais, aprs, beaucoup vcurent et vivent exempts du pch mortel. 69. En quatrime lieu, par le pch, nous encourons lobligation une peine. La justice divine exige que quiconque pche soit puni, et ce chtiment doit se mesurer daprs la faute. Et comme la faute du pch mortel est infinie par elle, en effet, le pcheur slve contre le bien infini, cest--dire Dieu, dont il mprise les prceptes le chtiment d au pch mortel sera lui-mme infini. Mais le Christ, par sa passion, nous a enlev cette peine; lui-mme la subie notre place. Comme lcrit saint Pierre dans sa premire ptre (2, 24) : Il a port lui-mme dans son corps nos pchs (cest--dire la peine de nos pchs). Car la vertu de la passion du Christ est si grande quelle suffirait expier les pchs du monde entier, mme si leur nombre tait infini. Cest pourquoi, les baptiss sont purifis de tous leurs pchs. De l vient aussi que le prtre remet les pchs, et que quiconque se conforme davantage la passion du Christ reoit un pardon plus complet et mrite plus de grce. 70. En cinquime lieu, le pch est cause de notre bannissement du royaume de Dieu. Ceux en effet qui offensent les rois sont forcs de quitter leur royaume. Ainsi Adam, cause de son pch et aussitt aprs lavoir commis, fut chass du paradis dont la porte fut ferme. Mais le Christ par sa passion a ouvert cette porte et il a rappel les exils dans le royaume. En effet, quand le ct du Christ fut ouvert, la porte du paradis le fut aussi et par leffusion de son sang la souillure du pcheur fut efface, Dieu fut apais, la faiblesse de lhomme gurie, sa peine expie et les exils rappels dans le royaume. Cest pourquoi le Christ dclara aussitt au bon larron qui limplorait (Luc 23, 43) : Aujourdhui mme, tu seras avec moi dans le paradis. Ceci ne fut pas dit auparavant qui que ce soit, ni Adam, ni Abraham, ni David; mais "aujourdhui", cest--dire, ds que la porte du paradis fut ouverte, le bon larron implora son pardon et lobtint. Cest pourquoi lAptre pouvait crire aux Hbreux (10, 19) : Nous avons la libert dentrer avec confiance dans le sanctuaire par le sang du Christ. [B] Comme nous venons de le montrer, la passion du Christ tait donc un remde trs utile contre les maux que nous encourons par le pch. Mais son utilit nest pas moins grande pour nous servir dexemple.
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71. La passion du Christ, dit S. Augustin, suffit nous instruire compltement de la manire dont nous devons vivre. Quiconque en effet veut mener une vie parfaite, na rien dautre faire que de mpriser ce que le Christ a mpris sur la croix et de dsirer ce quil a dsir. 72. Il nest pas en effet un seul exemple de vertu que ne nous donne la croix. Cherchez-vous un exemple de charit ? Personne, dit le Christ (Jean 15, 13), ne possde une charit plus grande que celui qui livre sa vie pour ses amis. Cest ce que lui-mme a accompli sur la croix. Si donc il a donn sa vie pour nous, il ne doit pas nous tre pnible de supporter pour lui nimporte quel mal. Le Psalmiste na-t-il pas chant (Ps. 115, 12) : Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce quil ma donn. 73. Cherchez-vous un exemple de patience ? Vous en trouverez un trs excellent sur la croix. Deux caractres manifestent la grandeur de la patience : ou bien souffrir patiemment de grands maux, ou endurer ceux quon pourrait viter mais quon ne cherche pas viter. Or le Christ sur la croix a endur de grandes souffrances. Aussi il peut sappliquer les paroles de Jrmie dans ses Lamentations (1, 12) : O vous tous, qui passez par le chemin, regardez et voyez sil y a une douleur semblable ma douleur. Et ses grandes souffrances, le Christ les a souffertes avec patience, lui qui, maltrait, dit saint Pierre (I, 2, 23) : ne faisait pas de menaces. Il tait, dclare Isae (53, 7) : comme la brebis que lon mne la tuerie, et semblable lagneau muet devant ceux qui le tondent. En outre, le Christ aurait pu viter ses souffrances, et il ne la pas fait. Lui-mme le dit son Aptre Pierre lors de son arrestation Gethsmani (Mt. 26, 53) : Crois-tu que je ne puisse prier mon Pre et il me donnerait aussitt plus de douze lgions danges? Grande fut donc la patience du Christ sur la croix. Aussi lAptre crit-il aux Hbreux (12, 1-2) : Courons avec patience vers le combat qui nous est prpar, les yeux fixs sur Jsus, lauteur de notre foi qui la conduit son achvement, lui qui, alors que la joie lui tait offerte, a souffert la croix sans regarder la honte. 74. Cherchez-vous un exemple dhumilit . Regardez le crucifi Dieu en effet voulut tre jug sous Ponce-Pilate et mourir. Votre cause, Seigneur, pouvons-nous lui dire, a t juge comme celle dun impie (cf. Job 36, 17). Oui, vraiment comme celle, dun impie, car ses ennemis ont pu se dire entre eux (Sag. 2. 20) : Condamnons-le une mort honteuse. Le Seigneur voulut donc mourir pour son serviteur et la vie des anges, simmoler pour lhomme. Comme lAptre lcrit aux Philippiens (2, 8) : Le Christ Jsus sest abaiss luimme, se faisant obissant jusqu la mort, et la mort de la croix. 75. Cherchez-vous un exemple dobissance. Suivez celui qui sest fait obissant son Pre jusqu la mort. LAptre dit en effet aux Romains (5, 19) : De mme que, par la dsobissance dun seul homme, la multitude fut constitue pcheresse, ainsi par lobissance dun seul la multitude sera constitue juste. 76. Cherchez-vous un exemple de mpris des biens de la terre? Suivez celui qui est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, en qui, se trouvent tous les trsors de la sagesse (Col. 2, 3) : et qui, cependant, sur la croix, apparat nu, objet de moquerie, est conspu, frapp, couronne dpines, abreuv de fiel et de vinaigre et mis mort. Ne vous laissez donc pas mouvoir par les habits et par les richesses, car les soldats se partagrent mes vtements (Ps. 21, 19). Ne vous laissez pas mouvoir non plus, ni par les honneurs, car moi, Jsus, jai t lobjet de leurs rises et de leurs coups, ni par les dignits, parce quils tressrent une couronne dpines et la placrent sur ma tte, ni par les dlices, car dans ma soif, ils me firent boire du vinaigre (Ps. 68, 22). Au sujet de ces paroles de lptre aux Hbreux (12, 2) : Jsus, alors que la joie lui tait offerte, a souffert la croix sans regarder la honte, saint Augustin crit : LHomme-Dieu Jsus-Christ a mpris tous les biens de la terre pour nous apprendre que nous devons les mpriser.
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VI ARTICLE V Jsus-Christ est descendu aux enfers : le troisime jour il est ressuscit des morts

77. Comme nous lavons dit, la mort du Christ a consist, comme pour les autres hommes, dans la sparation de son me davec son corps mais la divinit tait unie de faon si indissoluble au Christ homme, que, malgr la sparation de son me davec son corps, la divinit elle-mme sest trouve toujours parfaitement prsente et unie lun et lautre ; cest pourquoi le Fils de Dieu fut dans le spulcre avec son corps et il est descendu aux enfers avec son me. 78. [A] Le Christ est descendu aux enfers avec son me pour quatre motifs.

Le premier motif, ce fut de supporter toute la peine due au pch, afin, par l, de lexpier entirement. Or la peine du pch de lhomme ne consistait pas seulement dans la mort du corps, mais aussi dans la souffrance de lme. Lme, en effet, elle aussi avait pch, et elle tait galement punie par la privation de la vision de Dieu. Cest pourquoi, avant lavnement du Christ, tous, mme les saints Patriarches, descendaient aprs leur mort aux enfers. Le Christ, pour souffrir toute la peine due aux pcheurs, voulut donc, non seulement mourir, mais aussi descendre avec son me aux enfers. Aussi dclare-t-il (Ps. 87, 5-6) : On me compte parmi ceux qui descendent dans la fosse : je suis comme un homme sans secours, libre parmi les morts. Les autres, en effet, taient l comme des esclaves, mais le Christ y tait comme une personne jouissant de la libert. 79. Le second motif de la descente du Christ aux enfers, ce fut de secourir parfaitement tous ses amis. Il possdait en effet des amis non seulement dans le monde, mais aussi dans les enfers. Car vous tes les amis du Christ, dans la mesure o vous avez la charit. Or, dans les enfers, il y en avait beaucoup qui taient morts avec la charit et la foi au Christ qui devait venir : ce fut le cas, par exemple, dAbraham, dIsaac, de Jacob, de Mose, de David et des autres hommes justes et parfaits. Et parce que le Christ avait visit les siens dans le monde et les avait secourus par sa mort, il voulut aussi visiter les siens qui taient dans les enfers, et les secourir par sa descente auprs deux. Je pntrerai toutes les profondeurs de la terre, je visiterai tous ceux qui dorment, et jilluminerai tous ceux qui esprent dans le Seigneur (Ecclsiastique 24, 45). 80. Le troisime motif de la descente de Jsus aux enfers fut de triompher compltement du diable. En effet, quelquun triomphe compltement dun adversaire, non seulement quand il lemporte sur lui sur le champ de bataille, mais aussi quand il lattaque jusque dans sa propre maison et quil la lui ravit ainsi que le sige mme de son empire. Or le Christ avait triomph dans sa lutte contre le diable et il lavait vaincu sur la croix; cest pourquoi il dclara (Jean 12, 31) : Cest maintenant le jugement de ce monde; cest maintenant que le Prince de ce monde savoir le diable va tre jet dehors. Aussi pour triompher de lui compltement, il voulut lui enlever le sige de son royaume et lenchaner dans sa demeure, qui sont les enfers. Cest pourquoi il y descendit et il lui ravit tous ses biens, il lenchana et lui enleva sa proie. Saint Paul crit en effet aux Colossiens (2, 15) : Il a dpouill les Principauts et les Puissances et, avec rsolution, il les a tranes dans le dploiement de son propre triomphe. Le Christ avait reu en sa possession le ciel et la terre, et toute puissance lui avait t donne sur lun et sur lautre; pareillement, il voulut aussi recevoir les enfers en sa possession. Et ainsi s'accomplit ce qucrira lAptre aux Philippiens (2, 10) : Quau nom de Jsus, tout genou flchisse aux cieux, sur terre et aux enfers et Jsus lui-mme avait dit : En mon nom, ils expulseront les dmons (Mc 16, 17).

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81. Le quatrime et dernier motif de la descente du Christ aux enfers fut de dlivrer les saints qui sy trouvaient prsents. De mme en effet que le Christ voulut souffrir la mort, pour dlivrer les vivants de la mort, de mme il voulut descendre aux enfers pour librer ceux qui y demeuraient. Aussi pouvons-nous lui adresser les paroles du prophte Zacharie (9, 11) : Vous, Seigneur par le sang de votre alliance, vous avez retir vos captifs de la fosse sans eau. Le Seigneur a accompli la parole du prophte Ose (13, 14) : O mort, je serai ta mort ! enfer, je serai ta morsure ! En effet, bien que le Christ ait entirement dtruit la mort, il na pas compltement ananti les enfers, mais il les a comme mordus; car il na pas libr tous les captifs des enfers, mais ceux-l seuls qui taient exempts du pch mortel et galement du pch originel, soit que la circoncision les en ait dlivrs quant leur personne, soit que, avant que Dieu nait donn la circoncision aux Patriarches, ils aient t sauvs, * ou bien par la foi de leurs parents fidles, sils taient privs de lusage de la raison, * ou bien, sils taient adultes, par des sacrifices et par la foi au Christ qui devait venir ; mais ils demeuraient dans les enfers cause du pch originel dAdam, dont le Christ seul pouvait les librer selon la nature. Cest pourquoi le Christ laissa en enfer ceux qui y taient descendus en tat de pch mortel, ainsi que les enfants incirconcis. Cest la raison pour laquelle, sadressant lenfer, il lui dclare : Je serai ta morsure, enfer. [B] Ainsi donc le Christ est descendu aux enfers, et pour les quatre motifs que nous venons dexposer. Nous pouvons y puiser, pour notre instruction, quatre leons.

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Premirement, une ferme esprance en Dieu. Car quelque grande que soit laffliction dans laquelle un homme est plong, il doit cependant toujours esprer dans le secours de Dieu et mettre sa confiance en lui. On ne peut pas en effet trouver dtat plus pnible que de demeurer dans les enfers. Si donc le Christ a dlivr ceux qui sy trouvaient, quiconque, sil est lami de Dieu, doit avoir une grande confiance dtre dlivr par lui de nimporte quelle dtresse. Il est crit en effet au Livre de la Sagesse (10, 13-14) : La divine Sagesse nabandonna pas le juste vendu; elle descendit avec lui dans la fosse et ne le quitta pas dans les chanes. Et parce que Dieu vient spcialement en aide ses serviteurs, lhomme qui sert Dieu doit vivre dans une grande scurit. Celui qui craint le Seigneur, dit en effet lEcclsiastique (34, 16) : ne se troublera jamais, il naura pas peur, parce que Dieu est son esprance. 83. En deuxime lieu, nous devons concevoir de la crainte lgard de Dieu et bannir la prsomption. En effet, bien que le Christ ait souffert pour les pcheurs et quil soit descendu aux enfers, il nen a pas dlivr tous les captifs, mais seulement, comme nous lavons dit, les mes exemptes de pch mortel. Il y laissa ceux qui taient morts avec ce pch. Que tous ceux qui y descendent en cet tat nesprent donc pas le pardon. Mais ils demeureront aussi longtemps dans les enfers que les saints dans le Paradis, cest--dire ternellement. Le Christ a dclar en effet (Math. 25, 46) : Les maudits sen iront au supplice ternel, et les justes la vie ternelle. 84. En troisime lieu, nous devons faire preuve de grande vigilance, car le Christ est descendu aux enfers pour notre salut. Oui, nous devons tre attentifs y descendre frquemment en esprit, pour considrer les peines quon y souffre, comme le faisait le saint roi Ezchias, quand il dclarait (Is. 38, 10) : Jai dit, au milieu de mes jours je men vais aux portes de lenfer. Ceux en effet qui, durant leur vie, descendent souvent dans les enfers en pense, ny descendent pas facilement lheure de la mort car la considration attentive des tourments ternels retire lhomme du pch. Ne voyons-nous pas les habitants de ce monde se garder des mauvaises actions dans la crainte des peines temporelles? Combien plus doivent-ils se dtourner du mal, dans lapprhension des peines de lenfer, car celles-ci surpassent grandement les souffrances dici-bas par leur dure, leur amertume et leur multiplicit. Souviens-toi de ta fin, dit lEcclsiastique (7, 40), et tu ne pcheras jamais.
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85. En quatrime lieu, la venue du Christ aux enfers nous offre un exemple damour. Jsus est en effet descendu aux enfers pour dlivrer les siens cest pourquoi nous devons nous aussi nous y rendre en esprit pour venir en aide aux ntres. Les mes du purgatoire en effet, ne peuvent rien faire pour elles-mmes; notre devoir est donc de leur porter secours. Ne serait-il pas extrmement cruel, celui qui se dsintresserait dun tre cher enferm dans une prison terrestre? Comme il ny a aucune comparaison entre les peines de ce monde et les souffrances de ce lieu de purification, combien plus cruel ne sera pas celui qui laisserait sans secours un ami retenu dans le purgatoire? Ayez piti de moi, ayez piti de moi, vous du moins, mes amis, disait le saint homme Job (19, 21) : car la main de Dieu ma frapp. Et nous lisons au deuxime Livre des Macchabes (12, 46) : Cest une pense sainte et salutaire de prier pour les dfunts, afin quils soient dlivrs de leurs pchs. 86. Daprs saint Augustin, on peut secourir les mes du purgatoire principalement par trois bienfaits savoir par des messes, par des prires et par des aumnes. Saint Grgoire en ajoute un quatrime : le jene. Il ny a l rien dtonnant, puisque mme en ce monde un ami peut satisfaire pour un ami. [II] 87. Il est ncessaire lhomme de connatre deux ralits savoir la gloire de Dieu et le chtiment de lenfer. Attirs, en effet par la gloire et effrays par les chtiments, les hommes veillent sur eux-mmes et se retirent du pch. Mais il est trs difficile lhomme de les connatre. Ainsi, au sujet de la gloire, il est dit dans la Sagesse (9, 16) : Qui donc pntrera ce qui est dans le ciel? Cest sans aucun doute une uvre difficile pour les habitants de la terre, car, dit saint Jean (3. 31) : Celui qui est de la terre parle de la terre; tandis que dcouvrir ce qui est dans les cieux est chose facile pour les tres spirituels. Le mme saint Jean dit en effet : Celui qui vient den-haut est au-dessus de tous. Or cest prcisment pour nous enseigner les choses clestes que Dieu est descendu du ciel et sest incarn. Il tait pareillement difficile de connatre les peines de lenfer. Le Livre de la Sagesse met en effet cette parole dans la bouche des impies (2, 1) : On ne connat personne qui soit revenu des enfers. Mais maintenant il nest plus possible de tenir un tel propos; en effet, comme le Christ est descendu du ciel pour nous enseigner les choses clestes, de mme il est ressuscit des enfers pour nous instruire au sujet des enfers. [III] Il est donc ncessaire que nous croyions, non seulement lIncarnation du Christ et sa mort mais aussi sa rsurrection dentre les morts. Et cest pourquoi il est dit dans le Credo : Le troisime jour il est ressuscit des morts. 88. Nous voyons dans lEcriture que nombreux sont ceux qui ressuscitrent dentre les morts, comme par exemple Lazare, comme le fils de la veuve et la fille du chef de la synagogue. [A] Mais la rsurrection du Christ diffre de la leur et des autres rsurrections de quatre manires. Elle en diffre dabord quant la cause. Les autres ressuscits, en effet, ne ressuscitrent pas par leur propre puissance, mais bien, soit par la vertu du Christ, soit grce aux prires de quelque saint. Quant au Christ, lui, il est ressuscit par sa propre puissance : en effet, il ntait pas seulement homme, il tait Dieu galement et la divinit du Verbe ne fut jamais spare ni de son me ni de son corps cest pourquoi son corps a repris son me, et son me son corps, quand il le voulut. Il la dit lui-mme (Jean 10, 18) : Jai le pouvoir de donner mon me, et jai le pouvoir de la reprendre. Et bien que le Christ soit mort, ce ne fut pas en raison de sa faiblesse, ni par suite dune ncessit, mais bien par sa propre puissance, car il mourut volontairement; ce qui le prouve bien, cest quil rendit lesprit en jetant un grand cri, ce que ne peuvent pas faire les autres hommes, car ceux-ci meurent en raison de leur faiblesse. Aussi le centurion dit : Vraiment cet homme tait le Fils de Dieu (Mth. 27, 54). Et comme Jsus livra son me par sa propre puissance, il la reprit de mme par sa puissance; cest pourquoi nous disons Le Christ
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ressuscita, sa rsurrection tant son ouvrage lui; et non il fut ressuscit, comme si sa rsurrection tait luvre dun autre Je me suis couch et me suis endormi, puis je me suis lev (Psaume 3, 6). Cette manire de parler ne contredit pas saint Pierre, quand il dit aux Juifs (Actes 2, 32) : Ce Jsus, Dieu la ressuscit en effet, et le Pre a ressuscit le Fils et le Fils sest galement ressuscit car le Pre et le Fils ont une seule et mme puissance. 89. En second lieu, la rsurrection du Christ diffre des autres rsurrections par la vie laquelle Jsus est ressuscit. Il est en effet ressuscit une vie glorieuse et incorruptible, comme le dclare lAptre aux Romains (6, 4) : Le Christ est ressuscit des morts par la gloire du Pre. Quant aux autres ressuscits, ils le furent la vie quils possdaient avant leur mort, comme on le voit clairement de Lazare et des autres. 90. En troisime lieu, la rsurrection de Jsus diffre des autres rsurrections par son fruit et par son efficacit. Car tous ressuscitent par la puissance de la rsurrection du Christ. Nous lisons en effet en saint Matthieu (27, 52) : les corps de nombreux saints qui taient morts ressuscitrent. Et lAptre crit aux Corinthiens dans sa premire Eptre (15, 20) : Le Christ est ressuscit des morts, prmices de ceux qui se sont endormis. Mais remarquez ceci : le Christ est parvenu la gloire par sa passion, comme lui-mme le dclare aux disciples dEmmas (Luc 24, 26) : Ne fallait-il pas, leur dit-il, que le Christ endurt ses souffrances pour entrer dans la gloire? Il nous apprend par l comment nous-mmes nous pouvons parvenir la gloire. Comme lenseigne lAptre (Actes 14, 21) : Il nous faut passer par maintes tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu. 91. Quatrimement, la rsurrection de Jsus diffre de celle des autres hommes par le temps auquel elle sest effectue. La rsurrection des autres en effet, est diffre jusqu la fin du monde, sauf pour quelques privilgis pour lesquels elle a t anticipe : il en fut ainsi pour la Bienheureuse Vierge, et, selon une pieuse croyance, pour saint Jean lEvangliste. Mais le Christ Jsus ressuscita le troisime jour. Et la raison en est que sa rsurrection, sa mort et sa nativit furent ordonnes notre salut. Aussi il voulut ressusciter quand notre salut serait compltement ralis. Sil tait ressuscit aussitt aprs sa mort, les hommes n'auraient pas cru que son me s'tait spare de son corps. De mme, sil avait diffr longtemps sa rsurrection, ses disciples ne seraient pas demeurs dans la foi et ainsi sa passion aurait t absolument inutile. En quoi mon sang (vers) : est-il utile si je descends dans le lieu de la corruption (Ps. 29, 10). Il est donc ressuscit le troisime jour, pour que nous ne doutions pas de sa mort et afin que les disciples ne perdent pas la foi. [B] 92. Or nous pouvons tirer quatre consquences des vrits que nous venons de rapporter au sujet de la rsurrection du Christ Jsus. La premire est que nous devons nous appliquer ressusciter spirituellement de la mort de lme cause en nous par le pch, et nous devons, dis-je, ressusciter de cette mort la vie de la justice, que nous acqurons par la pnitence. Eveillez-vous, vous qui dormez, nous dit lAptre (Eph. 5, 14) : levezvous dentre les morts et le Christ vous illuminera. Cette rsurrection de la mort du pch est la premire rsurrection. Cest delle que saint Jean dit dans lApocalypse (20, 6) : Bienheureux celui qui a part la premire rsurrection. 93. En second lieu, nattendons pas lheure de la mort pour ressusciter du pch, mais revenons vite la vie de la grce, puisque le Christ, lui, est ressuscit le troisime jour. Il est dit en effet dans lEcclsiastique (5, 8) : Ne tardez pas vous convertir au Seigneur, et ne diffrez pas de jour en jour. Comment en effet pourrez-vous penser laffaire du salut, quand vous serez accabl par la faiblesse? Dautre part, votre persvrance dans le pch vous ferait perdre une partie de tous les biens qui se font dans lEglise et vous encourriez beaucoup de maux. Dailleurs le diable, dit saint
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Bde, se laisse dpossder dautant plus difficilement de quelquun quil le possde depuis plus longtemps. 94. Troisimement, notre rsurrection du pch doit tre une rsurrection une vie incorruptible, de telle sorte que nous ne mourions plus la vie de la grce ; nous devons, en effet, en ressuscitant nous proposer de ne plus pcher. Saint Paul crit (Rom. 6, 9 et 11-13) : Le Christ ressuscit des morts ne meurt plus la mort sur lui naura plus dempire. Et vous, de mme, dit-il, regardez-vous comme morts au pch et comme vivants pour Dieu dans le Christ Jsus. Que le pch ne rgne donc plus dans votre corps mortel pour vous faire obir ses convoitises. Ne livrez pas vos membres comme des instruments diniquit au service du pch; mais offrez-vous vous-mmes Dieu comme des vivants revenus de la mort. 95. Quatrimement, notre rsurrection du pch doit tre une rsurrection une vie nouvelle et glorieuse, de telle sorte que nous vitions dsormais tout ce qui auparavant avait t pour nous occasions et cause de pch et de mort. Comme le Christ, dit saint Paul (Rom. 6, 4), est ressuscit des morts par la gloire du Pre, nous aussi, de mme, marchons dans une vie nouvelle.

Cette vie nouvelle, cest la vie de la justice qui renouvelle lme et la conduit la vie de la gloire. Amen.

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VII Article VI Je crois en Jsus-Christ : qui est mont aux cieux, est assis la droite de Dieu le Pre Tout-Puissant 96. Nous lavons vu, il faut croire la rsurrection du Christ; nous devons ensuite croire en son ascension, par laquelle il est mont aux cieux le quarantime jour. Cest pourquoi nous disons dans le Credo : Il est mont aux cieux.

Dans lascension de Jsus, il y a lieu dobserver trois aspects : a) sa sublimit; b) son caractre raisonnable; c) son utilit. 97. a) Lascension de Jsus fut vraiment sublime, car il est mont aux cieux. Ceci peut tre expos de trois manires. Dabord, il est mont au-dessus de tous les cieux matriels. LAptre dit en effet aux Ephsiens (4, 10) : Il est mont par del tous les cieux. Le Christ, le premier, ralisa une telle ascension; auparavant, en effet, il ny avait de corps terrestre que sur la terre, si bien que mme le paradis o vcut Adam tait situ sur la terre. En second lieu, le Christ est mont au-dessus de tous les cieux spirituels, cest--dire au-dessus de toutes les natures spirituelles, comme saint Paul lcrit aux Ephsiens (1, 20-22) : Le Pre a fait siger Jsus dans les cieux, sa droite, bien au-dessus de toute Principaut, Puissance, Vertu, Domination et au-dessus de tout nom quel quil soit, non seulement en ce sicle-ci, mais encore dans le sicle venir; et il a tout mis sous ses pieds. En troisime lieu, le Christ est mont jusquau trne de Dieu le Pre. Le prophte Daniel dit de lui en effet (7, 13) : Voici que, sur les nues du ciel venait comme un Fils dhomme, et il parvint jusqu lAncien des jours : et nous lisons dans Marc (16, 19) : Or le Seigneur Jsus, aprs leur avoir parl, fut enlev au ciel et il est assis la droite de Dieu. 98. Quand nous parlons de la droite de Dieu, cette expression ne doit pas sentendre dune manire corporelle, mais dans un sens mtaphorique. En effet, si en disant de Jsus : il est assis la droite de Dieu, nous pensons sa divinit, cela signifie Jsus est gal en tout son Pre; mais si nous pensons sa nature humaine, cela veut dire alors le Christ jouit des dons les plus excellents. Cest une telle excellence que le diable a ambitionne. Je monterai, dit-il (Is. 14, 13-14) : dans les cieux, jlverai mon trne au-dessus des toiles de Dieu; je massirai sur la montagne de lalliance au Septentrion; je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Trs-Haut. Mais le Christ seul est parvenu cette minence. Cest pourquoi nous disons dans le Credo : Il est mont au ciel, il est assis la droite du Pre. Et nous lisons au Psaume 109, I Le Seigneur a dit mon Seigneur : Assieds-toi ma droite. 99. b) Deuximement, lascension du Christ fut conforme la raison, parce quil sleva jusquaux cieux et cela pour trois motifs : 1 Le ciel tait d au Christ cause de sa nature. Car il est conforme la nature que chaque tre retourne l do il tire son origine. Or, le Christ tire son origine de Dieu, qui est au-dessus de tout. Jsus en effet a dit ses Aptres (Jean 16, 28) : Je suis sorti du Pre et je suis venu dans le monde : maintenant je quitte le monde et je vais au Pre. Et le mme Jsus a dclar Nicodme (Jean 3, 13) : Nul nest mont au ciel, sinon celui qui est descendu
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du ciel, le Fils de lhomme qui est au ciel. Et bien que les saints montent au ciel, cependant ils ny montent pas de la mme manire que le Christ; le Christ en effet sest lev aux cieux par sa propre puissance, mais les saints sy lvent comme entrans par le Christ. Aussi nous lui disons avec lEpouse du Cantique (1, 3) : Seigneur, entranez-vous votre suite. On peut dire galement que personne ne monte au ciel si ce nest le Christ. L. Christ en effet est la tte de lEglise et les saints ne montent au ciel que parce quils sont ses membres. O que soit le cadavre, disait Jsus ses Aptres, (Mat. 24, 28) : l sassembleront les aigles. 2 Le ciel tait d au Christ Jsus en raison de sa victoire. Le Christ en effet fut envoy dans le monde pour lutter contre le diable, et il sortit victorieux du combat : aussi il mrite dtre exalt au-dessus de tout. Moi, jai t vainqueur, dit Jsus, (Apoc. 3, 21) et je suis all siger avec mon Pre sur son trne. 3 Enfin le Christ mritait dtre au ciel cause de son humilit. En effet, aucune humilit nest aussi grande que celle du Christ, car, bien quil tait Dieu, il voulut devenir homme; bien quil tait Seigneur, il voulut prendre la condition desclave, se rendant obissant jusqu la mort (cf. Phil. 2, 7) : et il descendit jusquen enfer aussi mrita-t-il dtre exalt jusquau ciel, au trne de Dieu. Lhumilit en effet est la voie qui conduit lexaltation. Celui qui sabaisse, dit le Seigneur, (Luc 14, 11), sera lev. Et saint Paul crit aux Ephsiens (4, 10) : Celui qui est descendu, cest le mme qui est aussi mont par del tous les cieux. c) Troisimement, lascension du Christ est utile sous trois rapports. En premier lieu, Jsus est mont aux cieux, pour nous y conduire, car nous nous nen connaissions pas le chemin, mais lui-mme nous la montr. Il est mont, dit Miche (2, 13), ouvrant ainsi la voie devant eux. Ensuite Jsus sest lev au ciel, pour nous donner lassurance de possder le royaume cleste. Je vais, dit-il aux Aptres (Jean 14, 2), vous prparer une place. Lutilit de lascension apparat en second lieu dans la scurit quelle nous apporte. Jsus en effet est mont au ciel pour intercder en notre faveur auprs de son Pre. Il sest approch de Dieu par lui-mme, dit lAptre (Hbr. 7, 25), et il est toujours vivant pour intercder en faveur des hommes. Et saint Jean crit dans sa 1re ptre (2, 1) : Nous avons prs du Pre un avocat, JsusChrist. En troisime lieu, lascension du Christ est dune grande utilit pour attirer nos curs lui o est ton trsor, dit le Seigneur (Math. 6, 21), l aussi est ton cur pour nous faire mpriser les biens temporels. LAptre crit en effet aux Colossiens (3, 1) : Si vous tes ressuscits avec le Christ, recherchez les choses den-haut, l o se trouve le Christ, sigeant la droite de Dieu; affectionnez-vous aux choses den-haut et non celles de la terre.

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VIII ARTICLE VII de l (cest--dire de la droite du Pre), Jsus viendra juger les vivants et les morts 101. Juger fait partie de loffice des rois et des seigneurs. Nous lisons en effet dans les Proverbes (20, 8) : Le Roi, assis sur le trne de la justice, par son regard, dissipe tout mal. Or le Christ est mont au ciel et est assis la droite de Dieu, comme le Seigneur de toutes les cratures; le jugement lui appartient donc manifestement. Cest pourquoi, dans la rgle de la foi catholique nous confessons que Jsus viendra juger les vivants et les morts. Cest aussi ce que dirent les Anges au moment de lascension (Act. I. 11) : Ce Jsus qui vient dtre enlev au ciel, du milieu de vous, en reviendra de la mme manire que vous lavez vu y aller. 102. Il y a lieu dobserver trois choses propos de ce jugement : Premirement sa forme ; Deuximement la crainte quil doit nous inspirer; Troisimement le genre de prparation quil requiert de nous. [I] De la forme du jugement du Christ 103. Trois ralits concourent la forme dun jugement : 1 la personne du juge, 2 les personnes juges, 3 les matires sur lesquelles celles-ci sont juges. 104. 1 Or donc, le Christ est Juge. Cest lui, dit saint Pierre (Actes 10, 42), qui a t constitu par Dieu juge des vivants et des morts, soit que nous comprenions par morts les pcheurs, et par vivants les justes, soit que nous entendions au sens littral par vivants ceux qui vivront au moment du jugement et par morts tous ceux qui, effectivement, seront morts. Or le Christ Jsus est juge non seulement en tant quil est Dieu, mais aussi en tant quhomme. Et cela pour trois motifs : Voici le premier motif Il est ncessaire que ceux qui sont jugs voient leur juge. Or la divinit possde un tel attrait quon ne peut la voir sans prouver de la joie; aucun damn ne pourra donc la voir parce qualors il se rjouirait. Afin que notre juge soit vu de tous les hommes, il faut donc quil apparaisse sous la forme dun homme. Parlant de lui, Jsus dit en effet aux Juifs (Jean 5, 27) : Le Pre a donn au Fils le pouvoir dexercer le jugement parce quil est Fils de lhomme. En second lieu, le Fils de Dieu est juge universel en tant quhomme, parce quil a mrit prcisment en tant que tel cet office de juge. Cest comme homme en effet quil fut injustement jug; aussi fut-il constitu par Dieu juge du monde entier. Votre cause, lisons-nous dans le Livre de Job (36, 17), votre cause a t juge comme celle dun impie : aussi vous recevrez le jugement. En troisime lieu, le jugement fut donn au Christ en tant quil est homme, afin que les hommes, tant jugs par un homme, cessent de dsesprer. Si en effet Dieu seul tait leur juge, dans leur effroi ils se livreraient au dsespoir. Jsus dit dans lEvangile (Luc 21, 27) : On verra le Fils de lhomme venir dans la nue. Il jugera tous ceux qui existent, ont exist et existeront. Il faut en effet, dclare lAptre (2 Cor. 5, 10), que tous nous comparaissions devant le tribunal du Christ, afin que chacun reoive ce qui est d aux bonnes ou aux mauvaises actions quil aura faites pendant quil tait revtu de son corps.
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105. 2 Au sujet de ceux qui sont jugs, il y a, daprs saint Grgoire, une quadruple diffrence. Dabord, les uns sont bons, les autres, mauvais. Ensuite, parmi les mauvais, certains seront condamns, mais ne seront pas jugs. Ce sera le cas de ceux qui ont refus la foi; leurs actions ne seront pas soumises un examen, car qui ne croit pas, dit Jsus (Jean 3, 18), est dj jug, parce quil na pas voulu croire au nom du Fils unique de Dieu. Les autres mchants, eux, seront jugs et condamns, comme les fidles morts en tat de pch mortel. LAptre dit, propos de ces pcheurs et de leur pch (Rom. 6, 23) : Le salaire du pch, cest la mort. Ils ne seront pas en effet exclus du jugement, cause de la foi qui tait dans leur intelligence. Quant aux bons, certains seront sauvs, mais ne seront pas jugs. Ce seront ceux qui auront possd lesprit de pauvret, par amour pour Dieu. Bien loin de passer par le jugement, ils jugeront les autres. Vous qui mavez suivi, dclare Jsus (Mat. 19, 28), lors de la rgnration, quand le Fils de lhomme aura pris place sur son trne de gloire, vous sigerez vous aussi sur douze trnes, pour juger les douze tribus dIsral. Ces paroles visent non seulement les disciples mais aussi tous ceux qui ont lesprit de pauvret ; autrement, saint Paul qui travailla plus que tous les autres, ne serait pas de leur nombre; oui assurment, elles visent, ces paroles, tous ceux qui suivirent les Aptres et les hommes apostoliques. Aussi lAptre crit-il aux Corinthiens (1, 6, 3) : Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges? Et nous lisons en Isae (3, 14) : Le Seigneur viendra pour le jugement avec les anciens et les princes de son peuple. Les autres bons, savoir ceux qui mourront dans la justice, seront sauvs, mais ils seront jugs. En effet bien quils aient quitt cette vie justifis, ils ont commis quelques fautes au milieu de leurs occupations temporelles. Ils seront donc jugs, mais ils obtiendront le salut. 106. 3 Les hommes seront jugs sur toutes leurs actions bonnes et mauvaises. LEcclsiaste (11, 9) : dit en effet : Suis les voies de ton cur , mais sache que pour tout cela, Dieu te fera venir en jugement. Et (12, 14) : Oui, Dieu citera en jugement toutes les uvres des hommes, soit bonnes soit mauvaises. Mme sur nos paroles inutiles nous serons examins. Je vous le dclare, dit le Seigneur (Mat. 12, 36), les hommes rendront compte au jugement de toute parole vaine. Et il en sera de mme de nos penses. La Sagesse (1, 9) affirme en effet que Dieu fera une enqute sur les penses de limpie. [II] De la crainte que doit nous inspirer le jugement de Jsus-Christ. 107. Nous devons craindre ce jugement pour quatre raisons.

Le premier motif de le redouter, cest la sagesse du Juge Jsus en effet nignore absolument rien de nos penses, de nos paroles et de nos actions. Tout est nu et dcouvert ses yeux. (Heb. 4, 13) : et toutes les voies de lhomme nont pas la moindre obscurit pour les yeux du Seigneur (Prov. 16, 2). Il connat galement toutes nos paroles : son oreille jalouse entend tout (cf. Sag. 1, 10). Le Seigneur pareillement nignore rien de nos penses. Le prophte Jrmie en effet nous rapporte ces paroles de Dieu (17, 9-10) : Le cur de lhomme est dprav et impntrable. Qui le connatra? Moi, le Seigneur qui scrute les curs et sonde les reins, qui donne chacun selon ses voies et le fruit de ses penses et de ses uvres. L sera un tmoin infaillible : la propre conscience des hommes. LAptre crit aux Romains (2, 15-16) : Leur conscience leur rend tmoignage par la diversit des rflexions qui les accusent ou qui les dfendent, au jour o Dieu jugera ce qui est cach dans le cur des hommes. 108. En second lieu il nous faut craindre le jugement cause de la puissance du juge, car il est par lui-mme tout-puissant. Voici, dit Isae (40, 10), voici que le Seigneur Dieu viendra avec puissance. Et il est galement toutpuissant sur les autres, car lensemble de la cration, lheure du jugement, sera avec lui. Lunivers entier, dit en effet la Sagesse (5, 21), combattra avec lui contre les insenss. Cest pourquoi Job
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dclarait (10, 7) : Personne nest capable de dlivrer de ta main, et de son ct le psalmiste (Ps. 138, 8) chante ces paroles : Si je monte au ciel, tu y es; Si je descends en enfer, tu y es encore. 109. En troisime lieu il faut redouter le jugement cause de linflexible justice du juge. Actuellement, en effet, cest le temps de la misricorde, mais alors, ce sera uniquement le temps de la justice. Et cest pourquoi, maintenant, cest notre heure nous, mais alors, ce sera exclusivement lheure de Dieu. Au temps que jaurai fix, dit le Seigneur (Ps. 74, 3), je ferai parfaite justice. Et nous lisons dans les Proverbes (6, 34-35) : Au jour de la vengeance, son zle et sa fureur seront sans piti, il ncoutera les prires de personne et il ne recevra pas les dons nombreux offerts pour le rachat des coupables. 110. Enfin, le quatrime motif de redouter le jugement, cest la colre du juge. Si en effet le juge doit apparatre aux justes plein de douceur et de charmes, puisque, selon Isae (33, 17), ils contempleront le roi dans sa beaut, il paratra par contre aux mchants si dur et ai courrouc quils crieront aux montagnes Tombez sur nous et drobez-nous la colre de lAgneau, comme il est dit dans lApocalypse (6, 16). Mais quand lEcriture parle de colre, elle nentend pas signifier quen Dieu il y aura un mouvement de colre; elle a en vue seulement ce qui parait tre un effet de la colre, savoir la peine ternelle inflig aux pcheurs. [III] Nous devons utiliser quatre remdes contre la crainte du jugement. Le premier consiste dans les bonnes uvres. Saint Paul en effet crit aux Romains (13, 3) : Veux-tu navoir pas craindre lautorit? Fais le bien et tu en recevras des loges. Le second remde contre la crainte du jugement, cest la confession et la pnitence des pchs que lon a commis. Pour cette confession et cette pnitence, trois conditions sont requises, grce auxquelles la peine ternelle est expie, ce sont la douleur dans la pense, la honte dans laveu, la rigueur dans la pnitence. Le troisime remde est laumne qui purifie tout. Le Seigneur a dit ses disciples (Luc 16, 9) : Avec le malhonnte argent, faites-vous des amis, pour que, le jour o il viendra manquer, ceux-ci vous reoivent dans les tentes ternelles. Parlant de cette peine ternelle, Origne crit qu "troites lextrme seront au jour du jugement les voies des pcheurs" Le quatrime remde contre la crainte du jugement cest la charit, cest--dire lamour de Dieu et du prochain : la charit, en effet, fait disparatre la multitude des pchs (I Pierre 4, 8 et Prov. 10, 12).

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IX ARTICLE VIII Je crois aux Saint Esprit 112. Ainsi que nous lavons dit : Le Verbe de Dieu est le Fils de Dieu, comme le verbe de lhomme est une conception de son intelligence. Mais parfois le verbe de lhomme est un verbe mort : il en est ainsi lorsque lhomme songe ce quil doit faire, mais sans avoir la volont de laccomplir; de mme, quand lhomme a la foi, mais nagit pas, on dit de sa foi quelle est morte. Saint Jacques crit en effet (2, 26) : Comme le corps sans me est mort, ainsi la foi sans les uvres est morte. Mais, par contre La Parole de Dieu est vivante, comme saint Paul le dclare aux Hbreux (4, 12). Cest pourquoi, Dieu ncessairement possde en lui volont et amour. Saint Augustin le dit dans son ouvrage sur la Trinit. Le Verbe dont nous nous proposons de donner une ide, cest une connaissance accompagne damour. Or, comme le Verbe de Dieu est le Fils de Dieu, ainsi lamour de Dieu est le Saint Esprit. Il sensuit que lhomme possde lEsprit Saint, lorsquil aime Dieu. LAptre crit en effet aux Romains (5, 5) : Lamour de Dieu a t rpandu dans nos curs par lEsprit Saint qui nous a t donn. [I] 113. Il y eut des hommes dont la doctrine concernant le Saint Esprit fut tout fait errone. Ils affirmrent en effet : le Saint Esprit est une crature, il est infrieur au Pre et au Fils et il est lesclave et le serviteur de Dieu. Pour repousser ces erreurs, les Pres ajoutrent dans un autre symbole cinq paroles concernant le Saint Esprit. 114. Premirement, bien quil y ait dautres esprits, savoir les Anges, ceux-ci cependant sont serviteurs de Dieu, conformment ces paroles de lAptre aux Hbreux (1, 15) : les Anges sont tous des esprits destins servir. Mais le Saint Esprit, lui, est Seigneur. Jsus en effet dit la Samaritaine (Jean 4, 24) : LEsprit est Dieu et lAptre crit aux Corinthiens (II, 3, 17) : LEsprit est Seigneur; cest pourquoi dailleurs il ajoute : L o est lEsprit du Seigneur, l est la libert. La raison en est que lEsprit nous fait aimer Dieu et enlve de notre cur lamour du monde. La premire parole ajoute par les Pres dans lautre symbole est donc : Je crois en le Saint Esprit, qui est Seigneur. 115. Deuximement, lme possde la vie, si elle est unie Dieu, puisque Dieu lui-mme est la vie de lme, comme lme est la vie du corps. Or cest lEsprit Saint qui unit Dieu par lamour, car cet Esprit est lamour de Dieu : cest pourquoi il vivifie. Comme Jsus lenseigne ses disciples (Jean 6, 64) : Cest lEsprit qui vivifie. Cest pourquoi les Pres ajoutrent en second lieu dans leur symbole : Je crois en le Saint Esprit, qui vivifie. 116. Troisimement, lEsprit Saint est de la mme substance que le Pre et le Fils : car, comme le Fils est le Verbe du Pre, le Saint Esprit, lui, est lAmour du Pre et du Fils : cest pourquoi il procde de lun et de lautre; et comme le Verbe est de mme substance que le Pre, ainsi lAmour galement est de mme substance que le Pre et le Fils. Cest pourquoi, en troisime lieu, les Pres dirent du Saint Esprit dans leur symbole quil procde du Pre et du Fils. Ce qui est la preuve vidente que lEsprit Saint nest pas une crature. 117. Quatrimement, nous devons rendre lEsprit Saint le mme culte quau Pre et au Fils. Le Seigneur dit en effet la Samaritaine (Jean 4, 23) : Les vrais adorateurs adoreront le Pre en Esprit et en Vrit. Et ses disciples, avant de monter au ciel, Jsus dclare (Mat. 28, 19) : Enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Pre, du Fils et du Saint-Esprit. Cest pourquoi les Pres dirent du Saint Esprit dans leur symbole quil est ador conjointement avec le Pre et le Fils.

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118. Cinquimement, ce qui montre que le Saint Esprit est gal Dieu, cest que les saints prophtes ont parl pousss par Dieu. Il est donc vident que si lEsprit Saint ntait pas Dieu, on ne dirait pas les prophtes ont parl pousss par lui. Or saint Pierre crit dans sa deuxime ptre (1, 21) : Cest, pousss par le Saint Esprit, que les saints hommes de Dieu ont parl, et Isae (48, 16) dclare : Le Seigneur Dieu et son Esprit mont envoy. Cest pourquoi, les Pres, en cinquime lieu, dirent du Saint Esprit dans leur symbole quil a parl par les prophtes. 119. Par cette dernire affirmation, on dtruit deux erreurs. Dabord, lerreur des Manichens, qui dclarrent : lAncien Testament ne vient pas de Dieu ; ce qui est une fausset, puisque lEsprit Saint a parl par les prophtes. Et ensuite, lerreur de Priscille et de Montan qui dirent : les prophtes nont pas parl sous linspiration du Saint Esprit, mais comme des hommes qui ont perdu la raison. 120. [II] Le Saint Esprit produit en nous des fruits abondants.

Premirement, il nous purifie du pch. La raison en est que cest celui qui a fait une chose quil appartient de la refaire. Or cest lEsprit Saint qui cre lme humaine; par son Esprit en effet Dieu fait toutes choses; car cest en aimant sa propre bont que Dieu produit tout. Vous aimez tous les tres, dit le livre de la Sagesse (11, 25) : et vous ne hassez rien de ce que vous avez fait et saint Denys crit au chapitre qutre des Noms divins : "Lamour de Dieu na pas support de demeurer strile". Il convient donc que ce soit lEsprit Saint qui refasse le cur des hommes dtruit par le pch. Cest pourquoi le psalmiste (Ps. 103, 30) : adresse Dieu cette prire : "Envoyez votre Esprit, et les tres seront crs, et vous renouvellerez la face de la terre. Et que lEsprit purifie, ce nest pas chose tonnante, parce que tous les pchs sont remis par lamour, suivant cette parole du Seigneur concernant la pcheresse (Luc 7, 47) : Ses nombreux pchs lui sont remis parce quelle a beaucoup aim. Le Livre des Proverbes avait dit de mme (10, 12) : Lamour couvre toutes les fautes. Et cet enseignement est repris par saint Pierre (I. 4, 8) : Lamour, dit-il, couvre la multitude des pchs. 121. En second lieu, lEsprit Saint illumine lintelligence, parce que tout ce que nous savons, en effet, nous lavons appris de le Saint Esprit, conformment cette parole de Jsus (Jean 14, 26) : Le Consolateur, le Saint Esprit, que le Pre enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Et saint Jean, parlant du Saint Esprit, dit de mme (I. 2, 27) : Son onction vous instruira de tout. 122. En troisime lieu le Saint Esprit nous aide et nous oblige en quelque sorte garder les commandements. Personne, en effet, ne pourrait garder les commandements de Dieu, sil naimait pas Dieu, conformment la parole du Christ Jsus (Jean 14, 23) : Si quelquun maime, il gardera ma parole. Or, le Saint Esprit nous fait aimer Dieu, cest pourquoi il nous aide. Le Seigneur dit en effet dans Ezchiel (36, 26) : Et je vous donnerai un cur nouveau et je mettrai au dedans de vous un esprit nouveau; et jterai de votre chair le cur de pierre, et je vous donnerai un cur de chair et je mettrai au dedans de vous mon Esprit, et je vous ferai marcher selon mes prceptes, et vous observerez mes lois et vous les pratiquerez. 123. En quatrime lieu, lEsprit Saint affermit notre esprance de la vie ternelle, car il est comme le gage de son hritage, selon cette parole de lAptre aux Ephsiens (1, 13-14) : Vous avez t marqus du sceau de lEsprit Saint promis, qui est le gage de notre hritage. Le Saint Esprit est en effet comme les arrhes de la vie ternelle. La raison en est que la vie ternelle est due lhomme, en tant quil est fait fils de Dieu et il le devient en tant rendu semblable au Christ : or lhomme est rendu semblable au Christ par la possession de lEsprit du Christ, qui est le Saint Esprit. LAptre en effet crit aux Romains (8, 1516) : Vous navez pas reu un esprit de servitude pour retomber dans la crainte, mais vous avez reu
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un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous crier : Abba, Pre ! En effet, lEsprit en personne tmoigne notre esprit que nous sommes les fils de Dieu. Et saint Paul crit de mme aux Galates (4, 6) : Parce que vous tes fils de Dieu, Dieu a envoy dans vos curs lEsprit de son Fils, qui crie : Abba, Pre! 124. En cinquime lieu le Saint Esprit nous conseille dans nos doutes et nous apprend quelle est la volont de Dieu. Qui a des oreilles, dit Jsus (Apoc. 2, 7), entende ce que dit lEsprit aux Eglises et il est crit dans Isae (50, 4) : Je lcouterai comme un Matre.

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X ARTICLE IX Je crois en la Sainte glise Catholique

125. En lhomme, nous le savons, il y a une me et un corps, et cependant ses membres sont divers. Pareillement, lEglise catholique constitue un corps unique et elle possde diffrents membres. Or lme qui vivifie ce corps de lEglise, cest le Saint Esprit ; Cest pourquoi, aprs avoir exprim notre foi au Saint Esprit, il nous est command de croire la sainte Eglise Catholique, comme nous le voyons marqu dans le symbole. Il importe de le savoir, "glise" signifie "assemble". Cest pourquoi la Sainte Eglise cest la mme chose que lassemble des fidles et chaque chrtien est comme un membre de cette Eglise, dont il est dit (Ecclsiastique 51, 31) : Approchez-vous de moi, ignorants, et runissez-vous dans la maison de linstruction. Or cette Eglise possde quatre qualits. A. Elle est une B. Elle est sainte. C. Elle est catholique, cest--dire universelle. D. Elle est forte et ferme. 126. A) En premier lieu, lEglise est une.

A ce sujet, il faut savoir que, bien que les divers hrtiques aient invent diverses sectes, ils nappartiennent pas cependant lEglise, parce quils sont diviss en parties. Mais lEglise, elle, est une. Comme le proclame le Cantique des Cantiques (6, 8) : Une est ma colombe, ma parfaite. Or il y a trois causes, qui concourent lunit de lEglise. 127. Premirement, lunit de la foi. Tous les chrtiens, en effet, qui appartiennent au corps de lEglise, croient aux mmes vrits. Saint Paul dit aux Corinthiens (1, t, 10) : Frres, ayez tous un mme langage; quil ny ait pas de scission parmi vous. Et aux Ephsiens, il crit (4, 5) : Il ny a quun Dieu, une foi, un baptme. 128. Deuximement, lunit de lesprance. Tous les chrtiens, en effet, ont t affermis dans la mme esprance de parvenir la vie ternelle. Cest pourquoi lAptre, dans sa lettre aux Ephsiens, leur dit (4, 4) : Il ny a quun seul corps et un seul Esprit, puisque aussi bien vous avez t appels, par votre vocation, une mme et unique esprance. 129. Troisimement, lunit de la charit. Tous les chrtiens, en effet, sont unis dans lamour de Dieu et dans un amour mutuel, qui les lie les uns aux autres. Do la parole du Seigneur son Pre (Jean 17, 22) : Je leur ai donn la gloire que vous mavez donne, pour quils soient un comme nous sommes un. Cet amour, sil est vritable, se manifestera par la sollicitude mutuelle et la mutuelle compassion. LAptre crit en effet aux Ephsiens (4, 15-16) : Par la charit, croissons en toutes choses dans Jsus-Christ qui est notre tte; cest de lui que tout le corps, dont les parties sont jointes et unies ensemble avec une si juste proportion, reoit, par tous les vaisseaux et toutes les liaisons qui portent lesprit et la vie, laccroissement quil lui communique, par lefficace de son influence, selon la mesure qui est propre chaque membre, afin quil se forme ainsi et sdifie par la charit. Chacun, en effet, doit se mettre au service de son prochain au moyen de la grce que Dieu lui a confre. 130. Cest pourquoi nul ne doit, ni regarder pour indiffrent, ni souffrir dtre rejet et repouss par cette Eglise. Car il ny a quune Eglise en laquelle les hommes soient sauvs, de mme quen dehors de larche de No aucun tre vivant ne put trouver le salut.
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131. B)

Venons-en la deuxime qualit de lEglise : la saintet.

On sait quil existe aussi une autre assemble, mais elle est compose des mchants. Cest delle que le Psalmiste (Ps. 25, 5) dit Je hais lEglise des pervers. Celle-ci est donc mauvaise. Mais lEglise du Christ est sainte. LAptre crit en effet aux Corinthiens (I p. 3, 17) : Le temple de Dieu est saint, et cest vous qui tes ce temple. Cest pourquoi dans le symbole des Aptres, nous disons Je crois en la sainte Eglise. Les fidles de cette assemble sainte sont sanctifis par trois ralits : le sang du Christ, la grce du Saint Esprit, lhabitation en eux de la Trinit, et mme par une quatrime, linvocation de Dieu. 132. En premier lieu, de mme en effet quune glise, lors de sa conscration, est lave matriellement, de mme galement les fidles ont t lavs dans le sang du Christ. Il est dit en effet dans lApocalypse (1, 5) : Il nous a aims et tous nous a lavs de nos pchs dans son sang. Et saint Paul crit aux Hbreux (13, 12) : Jsus voulant sanctifier le peuple par son propre sang a souffert hors de la porte de la ville. 133. En second lieu, de mme quune glise, dans la crmonie de sa conscration, est ointe dhuile, de mme les fidles sont oints dune onction spirituelle pour tre sanctifis; autrement ils ne seraient pas des chrtiens. Christ en effet ne signifie pas autre chose que "oint". Or cette onction, cest la grce du Saint-Esprit. LAptre crit en effet aux Corinthiens (II Ep. 1, 21) : Celui qui nous a oints, cest Dieu mme; et (I p. 6, 11) : Vous avez t sanctifis, au nom de Notre Seigneur JsusChrist. 134. En troisime lieu, les fidles sont sanctifis par lhabitation en eux de la Sainte Trinit. Car quel que soit le lieu o Dieu habite, du fait quil y habite, ce lieu est saint. Do lexclamation de Jacob dans la Gense (28, 16) : Vraiment ce lieu est saint. Et de son ct le Psalmiste dit Dieu (Ps. 92, 5) : La saintet convient votre maison. 135. En quatrime lieu, les fidles de lEglise sont sanctifis par linvocation de Dieu. Jrmie adresse en effet au Seigneur ces paroles (14, 9) : Seigneur, tu habites au milieu de nous ton nom a t invoqu sur nous. 136. Aprs une pareille sanctification de notre me, il faut bien prendre garde de ne pas la souiller par le pch, car elle est le temple de Dieu. LAptre crit en effet aux Corinthiens (I p. 3, 17) : Si quelquun profane le temple de Dieu, Dieu le perdra. 137. C) La troisime note de lEglise est sa catholicit, cest--dire son universalit.

LEglise est universelle premirement quant au lieu. Car, contrairement la croyance des Donatistes, elle est rpandue dans le monde entier. LAptre crit en effet aux Romains (1, 8) : Votre foi est clbre dans le monde entier. Et Jsus, avant de monter au ciel, dit aux onze Aptres (Marc 16, 15) : Allez dans le monde entier, prchez lEvangile toutes les cratures. Cest pourquoi Dieu, qui dans lantiquit tait connu seulement en Jude, lest maintenant dans le monde entier. Or cette Eglise du Christ comprend trois parties. Lune est sur la terre, une autre au ciel, la troisime au purgatoire. 138. Deuximement, elle est universelle quant la condition des hommes qui la composent, parce que personne nen est rejet, ni le matre, ni lesclave, ni lhomme, ni la femme. Saint Paul crit en effet aux Galates (3, 28) : il ny a plus maintenant ni de Juif ni de Gentil, ni desclave ni dhomme libre, ni dhomme ni de femme; mais vous ntes tous quun en Jsus-Christ. 139. Troisimement, LEglise est universelle quant au temps. Il y eut des hommes, qui affirmrent au contraire : lEglise ne doit durer quun temps. Ce en quoi ils sont dans lerreur; car cette Eglise a commenc du temps dAbel, et elle durera jusqu la fin du monde. Jsus en effet, avant de remonter au ciel, dit ses disciples (Mt. 28, 20) : Voici que moi, je vais tre avec vous toujours jusqu la fin du monde. Et aprs la consommation des sicles, son Eglise demeurera dans le ciel ternellement.

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140. D)

La quatrime note de lEglise est sa fermet inbranlable.

En premier lieu, une maison est solide, si elle possde de bons fondements. Or le principal fondement de lEglise, cest le Christ. LAptre crit en effet aux Corinthiens (I p. 3, 11) : Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a t pos : Jsus-Christ. Et cest aussi pour signifier la solidit de cette Eglise que Pierre a t nomm son chef suprme. 141. En second lieu, la preuve de la solidit dune maison, cest quelle ne peut tre renverse si on lbranle. Or jamais lEglise na pu tre dtruite. ni par les perscuteurs. Au contraire, pendant le temps des perscutions, elle sest dveloppe, tandis que ses perscuteurs et ceux contre qui elle luttait succombaient, conformment la parole de Jsus (Mt, 21, 44) : Celui qui tombera sur cette pierre sy brisera et celui sur qui elle tombera, elle lcrasera. ni par les erreurs. Bien au contraire, plus celles-ci se prsentrent en grand nombre, plus la vrit fut manifeste. Ecrivant son disciple Timothe, lAptre lui dit (2 Tim. 3, 8) : Ce sont des gens lesprit corrompu, pervertis dans leur foi, mais leur progrs aura ses bornes. ni par les tentations des dmons. LEglise en effet est comme une tour, vers laquelle on court pour se rfugier, quand on a combattre contre le diable. LEglise est un abri trs solide, comme le nom du Seigneur, dont il est dit dans les Proverbes (18, 10) : Le nom du Seigneur est une tour extrmement forte. Cest pourquoi le diable dirige ses efforts principaux vers la destruction de lEglise, mais il ne lemporte pas sur elle, parce que le Seigneur a dit Les portes de lenfer ne pourront rien contre Elle. Cest comme sil lui avait dit ils te feront la guerre mais ils ne lemporteront pas (Jrmie 15, 20). Elle possde pour fondement secondaire les Aptres et leur doctrine. Cest pourquoi lEglise est solide et ferme. Saint Jean crit en effet dans lApocalypse (21, 1. 4) : que la cit sainte avait douze fondements, et sur eux douze noms, savoir les noms de douze Aptres. Cest pourquoi lEglise est appele apostolique. Voil pourquoi seule lEglise de saint Pierre, qui eut en partage lItalie toute entire, lorsque les disciples furent envoys pour prcher dans dautres rgions, voil pourquoi cette Eglise seule demeura toujours ferme dans la foi. Et tandis que dans les autres parties du monde, ou bien la foi est inexistante, ou bien elle est mle de beaucoup derreurs, lEglise de Pierre, elle, est forte dans la foi et demeure pure de toute erreur. Il ny a l rien dtonnant, tant donn que le Seigneur a dit Pierre (Luc 22, 32) : Jai pri pour toi, Pierre, afin que ta foi ne dfaille pas.

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XI ARTICLE X Je crois la communion des saints, la rmission des pchs

142. Comme dans le corps de lhomme ou celui de lanimal laction dun membre profite au bien de tout le corps, il en est de mme dans ce corps spirituel quest lEglise. Et comme tous les fidles forment un seul corps, le bien de lun est communiqu lautre. Saint Paul crit aux Romains (12, 5) : Nous sommes tous membres les uns des autres. Cest pourquoi, parmi les articles de foi que les Aptres nous ont enseigns, il se trouve celui-l. Il y a dans lEglise, entre les fidles, communion des biens; cest ce quon appelle La communion des saints. 143. Mais parmi les membres de lEglise, le membre principal est le Christ, parce quil en est la tte. LAptre crit aux Ephsiens (1, 22-23) : Dieu la donn pour tte toute lEglise, qui est son corps. Les biens et les richesses du Christ Jsus sont donc communiqus tous les chrtiens, comme la vertu et les nergies de la tte le sont tous les membres du corps. Et cette communication seffectue par les sacrements de lEglise, dans lesquels agit la vertu de la passion du Christ et elle y agit pour confrer la grce en vue de remettre les pchs. 144. Ces sacrements de lEglise sont au nombre de sept.

Le premier est le baptme, qui est une seconde naissance, qui est spirituelle. Comme lhomme, en effet, ne peut pas possder la vie charnelle sil ne nat pas charnellement, de mme il ne peut pas possder la vie spirituelle, qui est la vie de la grce, sil ne renat pas spirituellement. Or cette rgnration sopre par le baptme. Le Seigneur Jsus, en effet, a dit Nicodme (Jean 3, 5) : Personne, moins de renatre de leau et de lEsprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Et il faut savoir que, comme lhomme ne nat quune fois, de mme il ne peut tre baptis quune fois. Cest pourquoi les Saints Pres ajoutrent dans leur symbole : "Je confesse quil y a un seul baptme." Le baptme, en effet, a la vertu de purifier de tous les pchs et quant la faute, et quant la peine. Cest pourquoi aucune pnitence nest impose aux baptiss, si grands pcheurs quils aient t; et sils meurent aussitt aprs leur baptme, ils senvolent immdiatement dans la vie ternelle. Cest pourquoi aussi, sil appartient aux prtres seuls de baptiser, en vertu de leur charge, cependant, en cas de ncessit, nimporte quelle personne peut baptiser, la condition toutefois de garder la forme du baptme, qui consiste dans ces paroles : "Je te baptise au nom du Pre, et du Fils et du Saint Esprit". Ce sacrement tire son efficacit de la passion du Christ. LAptre crit en effet aux Romains (6, 3) : Nous tous, qui avons t baptiss en Jsus-Christ, nous avons t baptiss en sa mort. Cest pourquoi, comme le Christ est demeur trois jours dans le tombeau, de mme il se fait une triple immersion dans leau. 145. Le second sacrement est la confirmation. Comme les enfants qui naissent ont besoin de force pour pouvoir agir, pareillement, ceux qui naissent la vie spirituelle, la force du Saint Esprit est indispensable. Cest pourquoi les Aptres, afin dtre rendus forts, reurent lEsprit Saint aprs lAscension du Christ. Jsus leur avait dit en effet (Luc 24, 49) : Demeurez dans la ville de Jrusalem, jusqu ce que vous soyez revtus de la Force den-haut. Or cette force est confre dans le sacrement de confirmation. Cest pourquoi les personnes qui ont la charge des enfants doivent avoir trs cur de les faire confirmer : parce que dans la confirmation on reoit une grande grce; cest pourquoi, si le confirm meurt, il aura une gloire plus grande que le non confirm, parce quil aura possd une grce plus abondante.

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146. Le troisime sacrement est lEucharistie. De mme que lhomme, dans sa vie corporelle, aprs sa naissance et aprs avoir pris des forces, a besoin de nourriture pour conserver et sustenter cette vie, de mme, dans sa vie spirituelle, aprs avoir reu la force, il a besoin de cette nourriture spirituelle, qui est le corps du Christ. Jsus dit en effet ses disciples (Jean 6, 54) : Si vous ne mangez la chair du Fils de lhomme et si vous ne buvez son sang, vous naurez pas la vie en vous. Cest pourquoi, daprs le commandement de lEglise, chaque chrtien est tenu de recevoir au moins une fois lan le corps de Jsus-Christ, et ce, dignement et avec puret de cur parce que, comme lcrit lAptre (1 Cor. 11, 29) : Quiconque mange et boit indignement le corps et le sang du Seigneur, cest--dire celui qui les reoit en ayant conscience dun pch mortel, dont il ne sest pas confess ou quil na pas lintention de ne plus commettre, celui-l mange et boit sa propre condamnation. 147. Le quatrime sacrement est la pnitence. Il arrive au plan de la vie corporelle quun homme tombe malade et, sil ne prend pas les remdes appropris, quil en meurt. De mme, lhomme, dans sa vie spirituelle, peut devenir malade par le pch. Cest pourquoi il a besoin dun remde pour recouvrer la sant; et ce remde, cest la grce qui lui est confre par le sacrement de pnitence. Le psalmiste chante dans le Psaume 102 (v. 3) : Dieu pardonne toutes tes fautes et il gurit toutes tes maladies. Dans le sacrement de pnitence, trois actes sont requis de la part du pnitent, savoir : la contrition, qui est une douleur du pch commis avec la rsolution de sen abstenir; la confession entire de ses pchs; et la satisfaction qui consiste dans des bonnes uvres. 148. Le cinquime sacrement est lExtrme Onction. Dans la vie dici-bas, lhomme rencontre beaucoup dobstacles qui lempchent de se purifier parfaitement de ses pchs. Et parce que personne ne peut entrer dans la vie ternelle sil nest pas entirement purifi, il a fallu un autre sacrement, par lequel lhomme soit compltement purifi de ses pchs, dlivr de son infirmit et prpar entrer dans le royaume cleste; et ce sacrement est celui de lExtrme Onction. Mais sil ne gurit pas toujours corporellement le malade, cela vient de ce que le prolongement de sa vie neut peut-tre pas t expdient pour le salut de son me. Voici lenseignement de saint Jacques concernant se sacrement (5, 14-15) : Quelquun parmi vous est-il malade? Quil appelle les prtres de lEglise et quils prient sur lui, loignant dhuile au nom du Seigneur. Et la prire de la foi sauvera le malade, le Seigneur le soulagera; et sil a commis des pchs, ils lui seront remis. 149. Ce que nous venons de dire des cinq premiers sacrements montre que, grce eux, nous obtenons la plnitude de la vie de la grce. Mais comme il est ncessaire que ces sacrements nous soient confrs par des ministres dtermins, il a t galement ncessaire que ft institu le sacrement de lOrdre, par lequel ces cinq sacrements nous seraient dispenss. Il ne faut pas considrer la vie des ministres qui confrent les sacrements, si parfois ils tombent dans le pch, mais bien la puissance du Christ, de laquelle les sacrements tirent leur efficacit, ces sacrements dont eux-mmes sont les dispensateurs. LAptre crit en effet aux Corinthiens (1 p. 4, 1) : Que les hommes nous regardent comme les ministres du Christ et comme les dispensateurs des mystres de Dieu. Ce sixime sacrement est celui de lOrdre. 150. Le septime est le Mariage. Si les hommes vivent dans le mariage avec puret, ils sont sauvs et ils peuvent passer leur vie sans pcher mortellement. Les poux tombent parfois dans le pch vniel, quand leur concupiscence ne se porte pas en dehors des biens du mariage; sil en tait autrement, ils pcheraient mortellement. 151. Par ces sept sacrements, nous recevons la rmission de nos pchs. Cest pourquoi, dans le symbole des Aptres, aussitt aprs avoir dit " Je crois la communion des Saints ", nous ajoutons " Je crois la rmission des pchs ".

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152. Aussi il a t donn aux Aptres de remettre les pchs. Cest pourquoi il faut croire que les ministres de lEglise, auxquels les Aptres ont transmis les pouvoirs quils avaient reus du Christ, possdent dans lEglise la puissance de lier et de dlier et que, dans lEglise, le pouvoir de remettre les pchs est plein et entier, mais sexerce par degrs, cest--dire en partant du Pape, pour se communiquer aux autres prlats. 153. Il importe aussi de savoir que non seulement la vertu de la passion du Christ nous est communique, mais aussi le mrite de sa vie. Et tous ceux qui vivent dans la charit entrent galement en communication de tout ce que les saints ont opr de bien, parce que tous ceux qui ont la charit, quils soient en ce monde ou dans lautre, tous sont un. Le Psalmiste dit en effet (Ps. 118, 63) : jentre en participation, Seigneur, des biens de tous ceux qui te craignent. Cest pourquoi celui qui vit dans la charit participe tout le bien qui se fait dans le monde entier. Mais ceux pour lesquels un bien est accompli de faon plus spciale ont part ce bien de faon plus spciale. Une personne en effet peut satisfaire pour une autre, comme il parait dans ce fait que de nombreuses congrgations religieuses admettent certaines personnes avoir part leurs biens spirituels. 154. Ainsi donc, par cette communion, nous obtenons deux biens le premier est que tous ont part au mrite du Christ et le second est que le bien fait par une personne est communiqu aux autres. Cest pourquoi les excommunis, parce quils sont en dehors de lEglise, nont aucune part au bien qui saccomplit en elle; ce qui est pour eux une perte beaucoup plus grande que la perte dun bien temporel si grand soit-il. Les excommunis courent galement un autre pril : il est hors de doute que ce genre de communication des bienfaits spirituels empche le diable de pouvoir nous tenter. Cest pourquoi le diable triomphe plus facilement de ceux que lexcommunication prive de ces suffrages et cest aussi la raison pour laquelle dans la primitive Eglise, lorsque quelquun tait excommuni, aussitt le diable le tourmentait corporellement.

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XII Article XI Je crois la rsurrection de la chair

155. Non seulement lEsprit Saint sanctifie les mes de ceux qui appartiennent 1Eglise, mais de plus par sa puissance il ressuscitera leurs corps. Saint Paul crit en effet aux Romains (4, 24) : Nous croyons en celui qui a ressuscit des morts Jsus, Notre Seigneur; et aux Corinthiens il dit (I p. 15, 21) : La mort tant venue par un homme, cest par un homme aussi que vient la rsurrection des morts. Nous croyons donc, daprs notre foi, la rsurrection future des morts. 156. Au sujet de cette rsurrection future de nos corps, il y a lieu de considrer : 1 Quels sont les avantages que nous apporte la foi en la rsurrection. 2 Quelles seront les qualits que possderont les corps de tous les ressuscits, bons ou mauvais. 3 Quelles seront celles des bons. 4 Quelles seront celles des mauvais. 157. 1 Notre foi et notre esprance en la rsurrection nous apportent quatre biens.

Premirement, elles font disparatre la tristesse que nous causent les morts. Il est en effet impossible quun homme nprouve pas de la douleur la mort dun tre cher. Mais lesprance quil a de sa rsurrection tempre beaucoup la douleur que lui cause sa mort. Laptre crit en effet aux Thessaloniciens (1 p. 4, 13) : Nous ne voulons pas, mes frres, vous laisser dans lignorance au sujet de ceux qui se sont endormis, afin que vous ne vous attristiez pas comme font les autres hommes, qui nont pas desprance. 158. Deuximement, notre foi et notre esprance en la rsurrection font disparatre notre crainte de la mort. Si lhomme en effet nesprait pas aprs sa mort possder une vie meilleure que la vie prsente, sans aucun doute il devrait craindre beaucoup la mort et plutt que de lencourir accomplir nimporte quel mal. Mais parce que nous croyons lexistence dune autre vie meilleure, laquelle nous parviendrons aprs la mort, il est vident que nul dentre nous ne doit redouter la mort ou accomplir quelque mauvaise action pour lviter. LAptre crit en effet aux Hbreux (2, 14-15) : Jsus a lui aussi pris une nature toute semblable la ntre, afin de dtruire par sa mort celui qui avait lempire de la mort, cest--dire le diable, et de dlivrer ceux que la crainte de la mort vouait toute leur vie la servitude. 159. Troisimement, notre foi et notre esprance en la rsurrection nous rendent attentifs et zls faire le bien. Si la vie de lhomme en effet se bornait la vie prsente, les hommes napporteraient pas une grande application agir, parce que tout ce quils feraient serait bien peu de chose, compar leur dsir, qui, lui, ne se borne pas un bien dtermin, pour un temps limit, mais stend lternit. Au contraire nous croyons fermement que, grce nos actions dici-bas, nous recevrons, la rsurrection, des biens ternels; aussi sommes-nous zls accomplir le bien. Si nous navions desprance en Jsus-Christ que pour cette vie, disait lAptre (1 Cor. 15, 19), nous serions les plus misrables de tous les hommes. 160. Quatrimement, la foi et lesprance en la rsurrection nous dtournent du mal. Comme en effet lespoir de la rcompense nous incite faire le bien, pareillement la crainte de la peine, que nous croyons tre rserve aux mchants, nous dtourne du mal. Nous savons en effet que Jsus-Christ a dit aux Juifs (Jean 5, 29) : Ceux qui auront fait le bien sortiront des tombeaux pour une rsurrection de vie; mais ceux qui auront fait le mal, pour une rsurrection de condamnation.

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161. 2

Il y a quatre qualits, ou manires dtre, communes aux corps de tous les bons ou mauvais.

La premire est lidentit des corps qui ressusciteront, parce que cest ce corps qui existe maintenant, cest lui qui ressuscitera avec sa chair et ses os , contrairement ce quaffirment faussement certains; ils disent en effet : Ce corps, qui actuellement se corrompt, ne ressuscitera pas. Ce qui est oppos lenseignement de lAptre (1 Cor. 15, 53) : Il faut que cet tre corruptible revte lincorruptibilit. Et lEcriture Sainte affirme que par la puissance de Dieu cest le mme corps qui reviendra la vie. Job dclare ses amis (19, 26) : Je sais quau dernier jour, je me relverai de la terre, et de nouveau je serai recouvert de ma peau, et dans ma chair je verrai mon Dieu. 162. La seconde condition regardera la qualit. Les corps, la rsurrection, seront dune autre qualit que maintenant. Tous, bienheureux et mchants, auront des corps incorruptibles, car les bons seront dans une gloire ternelle et les mchants toujours dans leurs tourments. Il faut que cet tre corruptible revte lincorruptibilit et cet tre mortel limmortalit (1 Cor. 15, 53). Et parce que leurs corps seront incorruptibles et immortels, bons et mchants ne prendront plus de nourriture et il ny aura plus dunion entre les sexes. Jsus en effet a dit aux Sadducens (Mt. 22, 30) : A la rsurrection, on ne prendra ni femme ni mari; mais on sera comme les Anges de Dieu dans le ciel, contrairement ce que pensent les Juifs et les Sarrazins. Job disait (7, 10) : Celui qui est descendu aux enfers ne reviendra plus dans sa maison. 163. En troisime lieu, ltat des corps ressuscits sera un tat dintgrit. Tous, bons et mauvais, ressusciteront avec toute lintgrit qui appartient la perfection de la nature humaine; il ny aura en effet parmi eux, ni aveugle, ni boiteux, ni aucun infirme. Cest ce que dit lAptre aux Corinthiens (15, 52) : les morts ressusciteront incorruptibles, cest--dire quils ne pourront plus subir les corruptions actuelles. 164. En quatrime lieu, les corps de tous leur rsurrection auront lge de trente-deux ou trente-trois ans, qui est lge parfait. La raison en est que ceux qui ny sont pas encore parvenus nont pas atteint lge parfait et que les vieillards sen sont dj loigns. Cest pourquoi, la rsurrection, aux jeunes gens et aux enfants il sera donn ce qui leur manque pour atteindre cette plnitude, et aux vieillards il sera rendu ce quils en ont perdu. LAptre crit en effet aux Ephsiens (4, 13) : que nous devons tous parvenir ltat dhomme parfait, la mesure de lge qui ralise la plnitude du Christ. 165. 3 Les corps ressuscits des bons possderont une gloire spciale. Ces corps glorifis des saints possderont, en effet, quatre qualits.

La premire est la clart. Jsus-Christ a dit ses disciples (Mt. 13, 43) : A la fin du monde, les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Pre. La seconde est limpassibilit. LAptre crit aux Corinthiens (1 p. 15, 43) : On sme (le corps) : dans lignominie, il ressuscitera dans la gloire ; et, dans lApocalypse (21, 4), nous lisons, quil fut dit saint Jean : Dieu essuiera toute larme des yeux de ses lus; il ny aura plus de mort, il ny aura plus ni deuil, ni gmissement, ni douleur, parce le premier tat sera pass. La troisime qualit du corps des lus sera lagilit Il est crit en effet au livre de la Sagesse (3, 7) : Les justes seront resplendissants; ils courront comme des tincelles travers un champ de roseaux. La quatrime est la subtilit. Saint Paul crit en effet aux Corinthiens (1 p. 15, 44) : On sme un corps animal, il ressuscitera un corps spirituel, non quil soit dsormais entirement esprit, mais parce quil sera totalement soumis lesprit.

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4 Ltat des corps des damns sera contraire ltat du corps des bienheureux. Ils seront en effet soumis une peine ternelle impliquant quatre aspects qui les feront souffrir.

Leurs corps, en effet, seront noirs et leurs visages entirement brls (cf. Is. 13, 8). En second lieu, leurs corps seront passibles, bien quternellement incorruptibles. Ils brleront en effet toujours dans le feu, mais ne se consumeront jamais. Les vers, qui les rongeront, dit Isae (66, 24), ne mourront pas, et le feu, qui les torturera, ne steindra pas. En troisime lieu, leurs corps seront pesants car leurs mes seront comme enchanes leurs Corps. En dernier lieu, leurs mes et leurs corps seront, dune certaine manire, charnelles. Et il est permis de leur appliquer cette parole de Jol (1, 17) : Les btes de somme pourriront dans leurs ordures.

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XIII Article XII Je crois la vie ternelle. Amen

167. Il est trs convenable que le Symbole des vrits que nous devons croire se termine par ces mots : " Je crois la vie ternelle ", puisque aussi bien la vie ternelle est la fin et le terme de tous nos dsirs. Ceux-l sopposent cette croyance la vie ternelle, qui disent que lme meurt en mme temps que le corps. Si cela tait vrai, la condition de lhomme serait la mme que celle des btes. A ces hommes, qui ne croient pas la survie de lme, conviennent parfaitement ces paroles du Psalmiste (Ps. 48, 21) : Lhomme, tandis quil tait en honneur, ne la pas compris; il a t compar aux btes qui nont aucune raison; et il leur est devenu semblable. Limmortalit, en effet, rend lme humaine semblable Dieu; mais ses facults sensibles la font ressembler aux btes. Donc lorsque quelquun croit que lme meurt avec le corps, il sloigne de la ressemblance de Dieu et devient semblable aux animaux. Il est du nombre de ceux dont il est dit au livre de la Sagesse (2, 2223) : Ils nont pas cru quil y eut de rcompense esprer pour les justes, et ils nont fait nul tal de la gloire qui est rserve aux mes saintes. Car Dieu a cr lhomme immortel; il la fait pour tre une image qui lui ressemblt. 168. a) Il faut premirement considrer, dans cet article de foi, quel genre de vie est la vie ternelle. Or il convient de savoir, quelle consiste, en premier lieu, dans lunion de lhomme avec Dieu.

Dieu lui-mme, en effet, est la rcompense et la fin de tous nos labeurs, comme il le dit un jour Abraham, (Gen. 15, 1) : Moi le Seigneur, je suis ton protecteur, et ta rcompense infiniment grande. Cette union de lhomme Dieu consiste dans une parfaite vision. LAptre crit en effet aux Corinthiens (1 p. 13, 12) : Nous ne voyons maintenant que comme en un miroir, et en nigme; mais alors nous verrons Dieu face face. Cette union consiste galement dans la louange la plus grande que lhomme puisse adresser Dieu. Saint Augustin crit au livre 22 de la Cit de Dieu que nous verrons, aimerons et louerons Dieu; et Isae crit au sujet de Sion ces paroles (51, 3), que lon peut appliquer la vie des lus au ciel : On y trouvera la joie et lallgresse, les actions de grces et des chants de louange. 169. b) La vie ternelle consiste, en second lieu, dans le parfait rassasiement des dsirs de lhomme.

Chacun des bienheureux, en effet, possdera au ciel bien au-del de ce quil aura dsir et espr ici-bas. La raison en est, que personne ne peut, en cette vie, satisfaire pleinement ses dsirs; jamais aucune chose cre ne les comble. Dieu seul en effet peut les rassasier totalement et mme il les surpasse infiniment. Cest pourquoi lhomme ne trouve de repos quen Dieu conformment ces paroles de saint Augustin (Conf. liv. 1) : "Vous nous avez fait pour vous, Seigneur, et notre cur est inquiet jusqu ce quil se repose en vous". Les saints dans la patrie possderont Dieu parfaitement, aussi leurs dsirs seront-ils entirement rassasis et leur gloire mme surpassera toutes leurs aspirations. Le Seigneur dit (Mt 25, 21) : Bon et fidle serviteur, entre dans la joie de ton matre. Et saint Augustin explique ainsi cette parole du Seigneur : "Toute la joie du Seigneur nentrera pas dans ceux qui se rjouiront, mais eux entreront tout entiers dans la joie". Ce qui fait dire au Psalmiste (Ps. 16, 15) : Je serai rassasi, lorsque apparatra votre gloire; et (102, 5) : Cest le Seigneur qui remplit votre dsir, en vous comblant de biens. 170. Absolument tout ce qui est dlectable se trouve surabondamment dans la vie ternelle. Recherche-t-on en effet les jouissances? L, on gotera les jouissances les plus parfaites, les dlectations les plus hautes, parce quelles auront pour objet le Souverain Bien, cest--dire Dieu. Nous lisons dans le livre de Job (22, 26) : Alors tu mettras tes dlices dans le Tout-Puissant; et le Psalmiste, dans sa prire, dit Dieu (Ps. 15, 11) : Des dlices seront ternellement votre droite. Pareillement, Si vous dsirez les honneurs, l vous les possderez tous. Les hommes, en effet,
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lorsquils sont lacs, aspirent principalement tre rois; et, sils sont clercs, ils souhaitent devenir vques. Or, dans la vie ternelle, on possdera ces deux dignits : Tu as fait de nous des rois et des prtres pour notre Dieu (Apoc. 5, 10). Et au livre de la Sagesse (5, 5), il est dit des justes, aprs leur mort Les voil levs au rang des enfants de Dieu. De mme, dsirez-vous la science, l, vous la possderez avec la plus entire perfection; en effet nous connatrons alors la nature de toutes choses et toute vrit; nous nignorerons rien de ce que nous voudrons savoir; et tout ce que nous voulons actuellement possder, nous le possderons au ciel, avec cette vie ternelle. Salomon dit en effet (Sag. 7, 11) : Tous les biens me viendront avec la Sagesse; et dans les Proverbes (10, 24), nous lisons : Les Justes obtiendront ce quils dsirent. 171. c) En troisime lieu, la vie ternelle consiste dans une scurit parfaite.

Dans ce monde, en effet, il ny a pas de parfaite scurit, car plus on possde de richesses et plus on est lev en dignit, plus on a de sujets de crainte, plus aussi on prouve de besoins. Mais, dans la vie ternelle, il ny aura ni tristesse, ni labeur, ni crainte. Ce que les Proverbes, en effet, (1, 33) : disent de celui qui coute la Sagesse, savoir quil reposera en assurance et jouira dune abondance de biens sans craindre aucun mal, se vrifiera alors en chacun des lus. 172. d) bienheureux. En quatrime lieu, la vie ternelle consiste dans la socit pleine de charmes de tous les

Les dlices de cette socit seront extrmes. Chaque lu, en effet, possdera, avec les autres bienheureux, tous les biens; car il aimera chacun des bienheureux comme lui-mme; cest pourquoi il se rjouira du bien des autres comme de son bien propre. Aussi lallgresse et la joie de tous les lus saugmenteront-elles de la joie et de lallgresse de chacun dentre eux. O Sion, cest une grande joie pour tous dhabiter en toi (Ps. 86, 7). 173. Les biens, dont nous venons de parler, les saints en jouiront dans la patrie cleste, et ils possderont en outre beaucoup dautres biens ineffables. Quant aux mchants ils seront plongs dans une mort ternelle, et ils prouveront une douleur et souffriront un chtiment qui ne seront pas moindres que la joie et la gloire rserves aux bons. 174. Quatre causes concourent pour augmenter la peine des mchants.

En premier lieu, le fait dtre spars de Dieu et de tous les biens. Cette sparation constitue la peine du dam, qui rpond laversion que ces mchants ont pour Dieu. Cest une peine plus grande que la peine du sens. Du serviteur inutile, le Seigneur dit (Mat. 25, 30) : Jetez-le dans les tnbres extrieures. Dans cette vie, en effet, ceux qui font le mal vivent dans des tnbres intrieures, qui sont celles du pch; mais alors ils seront aussi plongs dans des tnbres extrieures. En second lieu, le chtiment des mchants est augment par le remords de leur conscience. On peut leur appliquer ces paroles du psaume (49, 21) : Je vous reprendrai svrement, et je vous exposerai vous-mmes devant votre face. Le livre de la Sagesse (5, 3) : nous dpeint les damns poussant des gmissements dans le serrement de leurs curs. Ces regrets et ces gmissements, cependant, seront tout fait inutiles, parce quils procderont non de la haine du mal, mais de la douleur du chtiment. En troisime lieu, la peine des damns est augmente par limmensit du chtiment sensible auquel ils sont soumis, savoir le feu de lenfer, qui torturera leur me et leur corps. Cest l, comme disent les Pres, le plus terrible de tous les chtiments physiques. Ces malheureux seront, en quelque sorte, toujours mourant; cependant ils ne seront jamais morts et jamais la mort ne les frappera. Cest pourquoi, on appelle ce chtiment la mort ternelle; comme le mourant en effet souffre des peines terribles, il en est de mme de ceux qui sont en enfer. Le Psalmiste a dit (48, 15) : Ils ont t placs en enfer comme des brebis, la mort les dvorera. En quatrime lieu, le chtiment des mchants est encore aggrav par le fait quils nont pas la moindre esprance dtre dlivrs de leurs tourments.
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Si, en effet, ils nourrissaient cet espoir, leurs peines en seraient adoucies. Mais comme toute esprance leur est interdite, leurs souffrances par le fait mme sont les plus terribles qui soient. Comme le dit Isae (66, 24) : Leur ver ne mourra pas et leur feu ne steindra pas. 175. Ainsi apparat avec vidence la diffrence entre les bonnes et les mauvaises actions. Les premires nous mnent la vie et les secondes la mort. Cest pourquoi les hommes devraient frquemment se remettre en mmoire ces vrits; ils seraient par l excits faire le bien et se dtourner du mal. Cest pour que cette vrit se grave toujours plus profondment dans notre mmoire, quil est expressment dit la fin du Credo : "Je crois la Vie ternelle". A cette vie ternelle, que nous conduise Notre Seigneur Jsus-Christ, Dieu bni dans les sicles des sicles. Amen

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